Il est alors grand temps de célébrer les 25 ans de notre lutte commune pour la souveraineté alimentaire.

Intervention de Paula Gioia, en introduction de l’assemblée générale du CIP (comité pour la planification de la souveraineté alimentaire) le 21 avril 2021

Le principe de souveraineté alimentaire est né en 1996, s’imposant alors comme un changement de paradigme dans la lutte contre la faim et la pauvreté. Il est devenu clair que sans la souveraineté alimentaire on ne peut atteindre une véritable sécurité alimentaire. Par conséquent, il s’agit d’une condition préalable à la sécurité alimentaire.

Ce principe a vu le jour environ 3 ans après la création du mouvement international des paysan⋅ne⋅s. À l’époque, les mouvements sociaux et les organisations de société civile préoccupées par le droit à l’alimentation ont commencé à travailler main dans la main, dans le but de contrecarrer l’ordre néolibéral qui menace les marchés de produits locaux, l’environnement et in fine les droits humains des communautés locales…

Nous avons clairement compris que les besoins locaux devaient être la priorité numéro 1 du système de production alimentaire, et non les marchés internationaux, que les petit⋅e⋅s exploitant⋅e⋅s et paysan⋅ne⋅s méritent un salaire juste. Par ailleurs, ce sont les producteur⋅rice⋅s et les consommateur⋅rice⋅s qui devraient être aux commandes du système alimentaire, et non le capital privé. L’alimentation ne doit pas être utilisée comme une arme !

La souveraineté alimentaire est indéniablement liée au droit à l’alimentation, un droit humain fondamental. Chaque habitant⋅e de cette planète doit avoir accès à une nourriture saine, riche, de qualité, appropriée à la culture de chacun⋅e et en quantité suffisante pour mener une vie saine et digne.

En outre, dès le départ, nous avons clairement compris que des réformes agraires et un accès non-discriminatoire aux terres étaient des éléments indispensables à la concrétisation de la souveraineté alimentaire. La protection des ressources naturelles grâce à des pratique agricoles écologiques fait également partie du socle de la souveraineté alimentaire.

Grâce à cette approche, en 1996, nous avons semé les premières graines de la création du CIP et du large mouvement de souveraineté alimentaire. Les graines du CIP ont germé quelques années plus tard, et les mouvements sociaux ont commencé à faire entendre leur voix dans différents espaces de gouvernance mondiale. Ils ont apporté leurs convictions et leurs idées et ont exigé la démocratisation des processus d’élaboration de politiques.

Nous avons vécu des moments décisifs où nous avons pu nous organiser, mettre à jour nos analyses et réaffirmer notre engagement dans cette lutte commune.

Le Forum Nyeleni de 2007 et le Forum sur l’Agroécologie de 2015, tous deux organisés au Mali, font partie de ces moments clés.

Au cours de ces 25 dernières années, nous avons accompli de nombreuses choses :

Les directives volontaires sur le droit à l’alimentation

La réforme du Comité sur la Sécurité alimentaire mondiale

Les directives sur la tenure des terres

La participation à la Convention sur la Diversité Biologique

Toutefois, le contexte actuel de la pandémie de la COVID19 a exacerbé la crise sociale qui frappe le monde entier.

Les travailleur⋅se⋅s de la classe ouvrière voient désormais leurs droits menacés : le chômage, la corruption, la misère, la faim et la violence ne font qu’augmenter.

Mais la crise actuelle n’est pas uniquement sanitaire, elle est aussi climatique, environnementale, économique, démocratique et alimentaire.

Dans de telles circonstances, la transformation du modèle agricole et alimentaire est cruciale pour atteindre un changement de paradigme de plus en plus urgent. Un changement qui nous détournerait enfin du système de production capitaliste dominant.

Aujourd’hui, et tout comme en 1996, la solution cohérente pour un tel changement systémique est la souveraineté alimentaire. Il s’agit de l’option la plus cohérente pour garantir un accès à une alimentation saine et locale pour toutes et tous et pour protéger le droit des paysan⋅ne⋅s et le droit des peuples.

Les paysan⋅ne⋅s, les communautés indigènes, les petits pêcheur⋅se⋅s, les éleveur⋅se⋅s ovins, les travailleur⋅se⋅s salarié⋅e⋅s… Tous doivent être impliqué⋅e⋅s dans la recherche de solutions. Nous devons faire partie du processus d’élaboration des politiques. Les forces dominantes s’efforcent à façonner les espaces de gouvernance selon leur convenance, nous ne pouvons les laisser faire. Il ne faut pas prendre les choses à la légère, des vies sont en jeu !

Il est alors grand temps de célébrer les 25 ans de notre lutte commune pour la souveraineté alimentaire. Mais plus important encore, il est temps de repartir de plus belle et de réaffirmer notre engagement, au travers de nos convictions, nos espaces d’échanges et nos alliances que nous avons construit depuis 1996. Ainsi, nous pourrons nous battre sans relâche pour un monde solidaire, juste et digne, particulièrement pour les générations à venir.

Que voulons-nous ?

  • La souveraineté alimentaire !

Quand ?

  • Maintenant !

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