Indonésie : Halte à la criminalisation des paysan·nes!


Halte à la criminalisation de 5 paysan·nes de SPI à Sumatera Ouest-Indonésie !


Au Président de la République d’Indonésie,

Au chef de la police de la République d’Indonésie,

Nous, La Via Campesina, le mouvement paysan international, exprimons notre profonde inquiétude concernant la criminalisation de cinq paysan·nes du village d’Aia Gadang, district de Pasaman de l’Ouest, province de Sumatera de l’Ouest, qui font partie de l’Union des paysan·nes indonésien·nes – Serikat Petani Indonesia (SPI).

Wisnawati (32 ans, F), Idamri (39 ans, M), Safridin (41 ans, M), Rudi (31 ans, M) et Jasman (45 ans, M) ont été accusés à tort d’avoir commis un délit dans un espace public et d’avoir commis des violences. Ils sont en détention policière depuis le 14 juillet 2022.

Nous sommes informés que cette arrestation fait suite à un incident survenu le 28 mai 2022, lorsque les paysan·nes luttaient et faisaient campagne contre l’entreprise de plantation d’huile de palme Anam Koto. Cette campagne fait partie du mouvement de Serikat Petani Indonesia pour une réforme agraire qui favorise les paysan·nes et les petit·es producteur·trices.

Depuis longtemps, les communautés paysannes protestent contre la destruction illégale des cultures et des maisons par les firmes de plantation et dénoncent leurs tactiques d’intimidation. Finalement, le 28 mai 2022, vers 9 heures du matin, les fonctionnaires de la firme ont pénétré illégalement sur les terres des paysan·nes. Ils ont arrosé de poison et détruit les plantations. Les paysan·nes qui cultivent ces terres ont protesté et exigé le départ immédiat des employés et des agents de sécurité de l’entreprise. Le chaos et les affrontements qui ont suivi ont conduit à l’arrestation de cinq paysans membres de Serikat Petani Indonesia. En ne répondant qu’aux plaintes des sociétés de plantation, la police a arrêté arbitrairement les paysan·nes. Cette action de la police est discriminatoire et injuste. La police a également ignoré les plaintes déposées par les communautés paysannes contre la société de plantation le 13 avril 2022, qui fait état de multiples violations par la entreprise.

La police a porté l’affaire devant la Cour le 12 août 2022, et le procès sur cette affaire a commencé le 22 août et est actuellement en cours.

En tant que mouvement social mondial de paysan·nes, de peuples autochtones et de petit·es producteur·trices alimentaires dans 81 pays, La Via Campesina condamne ces actions et dénonce toutes les tentatives de criminalisation et de persécution des paysan·nes qui luttent pour leurs droit à la terre.

La Via Campesina appelle le gouvernement indonésien à mettre fin à la criminalisation et à l’intimidation des paysan·nes et à assurer leur libération inconditionnelle. Il faut que le gouvernement se rende compte que la détention de cinq paysan·nes défendant leurs terres est une grosse erreur. Leurs actions visaient à défendre leurs droits en tant que paysan·nes, en particulier le droit à la terre et aux ressources naturelles ainsi que le droit à une alimentation adéquate. Ces droits nous sont garantis par la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysan·nes et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP), sur la base de laquelle l’État est tenu de réaliser, protéger et respecter nos droits paysans.

La Via Campesina
Bagnolet, France | 25 août 2022

Cet article est disponible en