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Colombie : toujours davantage de déplacements massifs

Des considérables formes de violence qui ont été subies pas les communautés rurales dans le cadre du conflit armé, une des plus graves est le déplacement forcé qui dépouille les communautés paysannes, indigènes et afro-descendantes d’un élément fondamental de leur identité et de leur existence : les terres. Ce phénomène, qui au long du conflit armé a fait 8 millions de victimes, n’a pas cessé avec la signature de l’Accord de paix. Au contraire, il continue à augmenter.

D’après le rapport présenté en 2019 par l’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC), le conflit armé est à l’origine de près de 5,6 millions de personnes déplacées internement (PDI), mais, selon le Registro Único de Víctimas (RUV), le total historique – depuis 1985 jusqu’à 2019 – approche les 8 millions de personnes.

La Colombie est le deuxième pays du monde avec le plus de déplacements forcés à cause de conflits, juste après la Syrie. Cette position montre l’importance de la blessure ouverte dans le pays par la violence, laquelle touche principalement les habitants des zones rurales, et parmi ceux-ci, les femmes et les groupes ethniques qui finissent généralement par se déplacer dans les villes, dans des conditions précaires proches de la misère.

D’après le bureau du procureur général, les homicides des personnes ayant des liens avec les processus de restitution des terres ont graduellement augmenté depuis la signature de l’Accord de paix. Parallèlement, le déplacement forcé constitue le fait traumatisant ayant le plus augmenté depuis la signature de l’Accord de paix.

La Juridiction Spéciale pour la Paix (JSP), a révélé en mars de cette année une donnée scandaleuse : toutes les 30 minutes un·e Colombien·ne est obligé·e d’abandonner son foyer pour échapper au conflit. Ceci traduit dans des chiffres les 102 événements de déplacement forcé ayant touché 44290 personnes dans le premier semestre du 2021. Dans la même période de 2020, se sont produits 51 événements, faisant 13’912 victimes, d’après «Defensoría del Pueblo», ce qui indique que la quantité de victimes a augmenté le 218% cette année. 90 % des événements ont eu lieu dans des zones rurales.

Le cas le plus dramatique est celui d’Ituango, où a eu lieu un exode de 4099 personnes – obligées de se déplacer à cause de menaces de mort si elles n’abandonnaient pas le territoire – ait eu lieu. Les intimidations ont été précédées par l’augmentation d’assassinats commis par le groupe paramilitaire Autodefensas Gaitanistas de Colombia (AGC) dans la municipalité.

Cette communauté a souffert à maintes reprises du harcèlement de la part des intérêts économiques qui visent à l’exploitation du territoire, la poussant à quitter ses terres. En réalité, entre 60% et 70% du territoire est ouvert à des concessions minières et d’énergies, par exemple pour l’exploitation de métaux précieux comme l’or, l’argent et le platine.

Selon Isabel Cristina Zuleta, du Mouvement Ríos Vivos, il y a des coïncidences entre les territoires où les groupes illégaux ont généré des déplacements forcés et les zones des concessions minières où les multinationales, principalement canadiennes et chinoises, ont des intérêts. Ceci a déjà été observé auparavant avec le projet Hidroituango où, dans la zone d’influence du projet, il y a eu des menaces, des déplacements et des massacres. « Ce qu’on sait c’est qu’à Ituango il y a une nouvelle menace : les intérêts miniers. Il y a de nombreuses multinationales minières avec des titres dans le territoire et nous pouvons prévoir que les situations liées au dépouillement des terres existent au bénéfice de ces intérêts économiques ».

En outre, comme si cela ne suffisait pas, cette zone est une route naturelle du trafic de drogues, parce qu’elle se situe entre la principale zone de production du sud-ouest du pays, et les zones de grand trafic et de sorties, comme la région d’Urabá et la côte caraïbe.

L’attention du gouvernement national envers les victimes de ces faits est précaire. Souvent, les autorités locales disposent de refuges pour accueillir les personnes déplacées, mais il s’agit de lieux peu adéquats, manquant de toilettes, surpeuplés ou dotés de conditions insalubres. Dans certaines municipalités, les refuges sont vides car « les familles ont peur d’y être suivies, identifiées et menacées ».

Les espoirs de retour aux terres générés par la signature de l’Accord de paix se sont envolés sous l’administration de Duque, qui n’a pas tenu parole concernant les mesures d’accès aux terres évoquée au point 1 de l’Accord, ni non plus concernant son obligation de donner des garanties de sécurité aux communautés.

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