Colombie : Où en est la mise en œuvre de la démarche liée au genre ?

En Colombie, on compte plus de 6 millions de femmes rurales. Beaucoup d’entre elles ont eu un accès limité à la terre à cause du conflit et des politiques structurelles qui ont historiquement concentré la détention des terres entre les mains des hommes. La signature de l’Accord de paix a suscité l’espoir de changer cette situation, cependant, rien n’est fait.

Comme en fait état le Grupo de Género en la Paz (Groupe genre dans la paix) – GPAZ, à presque 5 ans depuis l’implémentation de l’Accord, seulement 20 % des mesures relatives à l’égalité entre les hommes et les femmes figurant dans les engagements sont mis en œuvre en temps voulu et de manière adéquate. Le ralentissement de l’implémentation de l’approche existe depuis 2018, une situation qui coïncide avec le mandat de l’actuel gouvernement.

Le suivi effectué par GPAZ quant aux 109 mesures de genre réparties dans les 6 points de l’Accord permettent de mettre en évidence que 26% des mesures n’a pas progressé, spécialement celles contenues dans les points liés à la Reforme rurale intégrale et à la participation politique. Par ailleurs, 50% des mesures montrent une progression partielle.

L’Accord prévoit un total de 25 mesures de genre pour la Reforme rurale intégrale, dont seulement trois ont été implémentées adéquatement : 1) participation des femmes dans le processus de construction des Programmes de Développement avec une Approche Territoriale, 2) assistance technique de qualité du service et évaluation participative et communautaire tenant compte de la participation des femmes et 3) mise en oeuvre d’un plan pour soutenir et consolider la création de revenus pour l’économie paysanne, familiale et communautaire permettant aux femmes de surmonter les obstacles à l’accès au financement.

Au total, 84% des mesures liées au genre pour l’implémentation du point 1 n’ont pas progressé ou ne l’on fait que partiellement. Il y a une préoccupation spéciale liée aux retards quant à l’accès à la terre pour les femmes, à la création d’une Juridiction Agraire avec une formation spéciale pour les femmes sur leurs droits, à des solutions d’habitation avec une approche différentielle, l’augmentation de postes techniques et universitaires dans les zones rurales, à la promotion des programmes de protection de la grossesse et finalement quant aux soins de santé pour les nouveau-nés.

En ce qui concerne l’accès à la terre, sur les 71 500 demandes inscrites au Registre des sujets de la gestion foncière (un outil où sont enregistrés les bénéficiaires de l’accès à la terre et de la formalisation de celle-ci), seules 265 femmes se sont vu garantir un droit d’accès à la terre, soit 0,3 % du nombre total de demandeurs.

1 120 328 hectares ont été officiellement enregistrés au total, dont 30,4% du total correspond à des titulaires femmes, 69,3% à des hommes et 0,3% à des couples. Il est important de rappeler que le 99% des domaines ont été formalisés avant 2017, cela veut dire que ceci ne répond pas à la gestion de l’ANT dans le cadre de l’implémentation de l’Accord.

La crise de sécurité actuellement en cours dans le pays intensifie pour les femmes les obstacles liés l’accès à la terre, il ne sert à rien que les femmes aient accès aux terres si elles et leurs familles finissent par être déplacées. Il est nécessaire de garantir la sécurité de pouvoir rester dans les territoires et d’implémenter effectivement l’Accord de paix, nous espérons que le prochain gouvernement tiendra ses promesses.

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