Mozambique : non à la violence, non à la répression ! oui à la souveraineté alimentaire

Position de l’UNAC face aux manifestations populaires du 1er et 2 Septembre 2010

Les 1er et 2 Septembre derniers, nous avons assisté dans certains quartiers populaires de la ville de Maputo, capitale du Mozambique, et dans la ville de Matola, ville de la ceinture industrielle de Maputo, a des manifestations populaires d’une grande violence, au pillage de biens publics et privés de la part de certains éléments de la population, et à une répression très violente de la part des forces de police, la mort confirmée par balle de treize personnes, dont deux enfants, étant à déplorer.

L’UNAC, Union Nationale des Paysans, condamne tant l’usage de la répression aveugle et de la force mortelle par les forces de l’ordre, que la destruction gratuite d’immeubles, véhicules, pompes à essence et autres structures physiques de la part de certains individus parmi la population. De plus, l’UNAC déplore profondément la mort d’innocents, qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. Nous souhaitons vivement que, dans un pays qui se dit « Etat de droit », une telle situation ne se reproduise JAMAIS PLUS.

Un des éléments à l’origine de ces soulèvements populaires est la hausse du prix du pain – presque en simultané avec la hausse des tarifs de l’énergie électrique, ceux de l’eau potable et les prix des carburants (ces derniers ayant connu des hausses régulière au cours des derniers mois). La tension était tangible depuis des mois au sein de la population en raison de l’augmentation du coût de la vie. Il est à regretter qu’une fois encore, qui de droit ne s’en soit pas rendu compte avant les manifestations de la semaine dernière.

Le pain, bien que le Mozambique ne soit pas un producteur de blé, est devenu un aliment quotidien de base pour des milliers de familles mozambicaines du milieu urbain. On sait que le blé, tout comme d’autres produits alimentaires, est coté sur les bourses mondiales, ce qui en fait un bien à valeur très volatile et sujet à la spéculation, au gré des hauts et des bas du marché. Dans le cas présent, l’augmentation du prix du blé au niveau mondial, dériverait, entre autres explications, de l’arrêt de l’approvisionnement par la Russie, qui a été victime les semaines passées de grands incendies ayant touché les zones où est produite cette céréale. Comment peut-on alors justifier que des incendies dans la forêt russe puissent avoir des conséquences aussi désastreuses pour des populations africaines, et plus particulièrement la population mozambicaine ?

Au moment d’évaluer la situation à laquelle nous venons de faire face dans notre pays (et qui probablement se répètera, non seulement au Mozambique mais aussi dans d’autres pays africains, tout comme en 2008, lorsqu’ont éclaté pour les mêmes raisons, lesdites « émeutes de la faim » avec l’augmentation du prix du riz, en plusieurs endroits du continent), il est évident « qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume de la globalisation ». A souligner qu’une fois de plus, les pays dudit « tiers monde » sont victimes des crises que le « monde développé » a produites. D’où nos doutes sur le fait que ce modèle soit vraiment celui que nous, les pays dits « pauvres », devions suivre.

En tant qu’UNAC, nous réitérons aujourd’hui ce que nous exigeons depuis longtemps au niveau national mais aussi au niveau international au sein de la Via Campesina : nos gouvernements – et le gouvernement mozambicain en particulier – doivent prendre des engagements politiques sur le long terme, de manière à reconstruire les économies alimentaires nationales. Les pays donateurs ont un poids extrêmement lourd dans le budget général du pays. Nous appelons les gouvernements de ces pays à observer les engagements de Paris et d’Accra, pour ce qui est du respect de la souveraineté nationale dans la définition de l’agenda de notre pays.

La grande priorité doit être donnée à la production alimentaire domestique afin de minimiser la dépendance du marché international. Les paysans et les petits agriculteurs doivent être encouragés, par le biais de meilleurs prix pour leurs produits et des marchés stables, afin qu’ils puissent produire des aliments pour eux-mêmes, pour leurs communautés et pour les villes. Ceci signifie accroître l’investissement dans l’agriculture du secteur familial, auprès des petites et moyennes exploitations pour alimenter le marché interne, ainsi que prendre des mesures pour contrôler les importations à bas prix de produits alimentaires (dumping).

L’UNAC insiste ici sur le terme “agriculture paysanne”, par opposition à une “agriculture à grande échelle tournée vers l’exportation”: une agriculture paysanne signifie qu’elle repose sur les paysans et paysannes du pays; qu’elle remplit une fonction sociale et culturelle; qu’elle veille à une production alimentaire de qualité, biologique et adaptée aux habitudes alimentaires locales, loin de la spéculation sur les bourses mondiales.

L’UNAC insiste sur la nécessité de regarder de manière plus positive l’agriculture paysanne. Les politiques néolibérales ont peu à peu formaté certains d’entre nous à la pensée que « les paysans ne produisent que pour leur propre subsistance », et que donc, « ce n’est pas avec eux que l’on va faire un saut qualitatif en termes de développement, et qu’il faut que l’agriculture soit commerciale ». D’où toute cette effervescence autour de l’agriculture à grande échelle, aussi appelée « agro-business ». Plusieurs exemples en défense de cette argumentation nous sont présentés, pour nous dire que c’est ce modèle que nous devons suivre. C’est cela qui se dit et qui se fait dans les pays dits développés, et ailleurs.

Ce qui est sûr c’est que les crises alimentaires se succèdent périodiquement à mesure que l’on avance dans cette direction. Il est vrai, cependant, que les pays qui pratiquent ce modèle produisent beaucoup plus que ce dont ils ont besoin, mais une grande partie de leur population a faim. Un exemple très souvent donné est celui de notre voisine l’Afrique du Sud : on sait pourtant bien que dans ce pays des millions de gens ont faim, et se trouvent même dans certains cas dans des situations bien pires que dans nos zones rurales. Mais de cela personne ne parle, et c’est bien là le problème.

Un secteur familial bénéficiant d’incitations et de politiques menant à sa croissance – accès au crédit, à la terre, à l’eau, aux technologies, à des services adaptés d’extension rurale – peut produire beaucoup plus, tout comme il peut d’emblée contribuer grandement à la distribution. Production et distribution vont de paire. Les producteurs d’aliments ne doivent pas être nécessairement des commerçants spéculateurs pour contribuer fortement au développement durable et à la Souveraineté alimentaire des peuples. C’est cela qui doit être analysé en profondeur, car la plus grande erreur serait de rester dans l’erreur !

Des événements comme ceux de la semaine passée au Mozambique corroborent notre perspective de lutte : les aliments ne sont pas une marchandise comme les autres. Il est inacceptable qu’une population, dans sa majorité pauvre, soit à la merci des marchés mondiaux pour manger ou ne pas manger, alors qu’un pays comme le Mozambique possède des terres et des ressources naturelles en suffisance pour assurer la nourriture tant des campagnes que des villes.

Nous saluons les mesures annoncées par le Gouvernement mozambicain le 7 septembre dernier, afin de contenir les hausses des prix et calmer les esprits. Cela dit, nous demandons au Gouvernement de s’engager sur le long terme par des mesures durables et de ne pas se cantonner à de simples mesures palliatives, sans revisiter le système alimentaire de notre pays dans sa globalité. Nous demandons également au Gouvernement d’améliorer à l’avenir les mécanismes de collaboration des paysans et des paysannes aux plans gouvernementaux.

En tant qu’UNAC, notre devoir et notre mission est de continuer à lutter pour que les familles mozambicaines, des villes et des campagnes, enfin, notre pays dans son ensemble, accède à la Souveraineté alimentaire.

NON A LA VIOLENCE! NON A LA REPRESSION!

OUI A LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE!

Maputo, le 8 septembre 2010

UNAC

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Maputo

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