Les importations de riz conduisent les agriculteur·rice·s à la faillite et mettent en danger la souveraineté alimentaire : Serikat Petani Indonesia

Communiqué de presse de l’Union des paysans indonésiens (Serikat Petani Indonesia – SPI)


Le gouvernement a de nouveau annoncé des importations de riz avec un quota de 3 millions de tonnes pour toute l’année 2024. Une partie du riz importé, soit environ 2 millions de tonnes, devrait arriver en janvier-mars 2024. Le gouvernement, par l’intermédiaire du Ministère de Coordination des Affaires Économiques, du Ministère de l’Agriculture, du Ministère du Commerce, de l’Agence Alimentaire Nationale et de Perum Bulog1, affirme que les importations de riz sont effectuées au cours de cette année politique pour répondre aux besoins de la Réserve Gouvernementale de Riz (CBP) et de l’Assistance Sociale. Cependant, les mois de mars, avril, mai et juin 2024 sont les saisons de récolte les plus importantes pour les riziculteur·rice·s.

Le SPI estime que l’Indonésie se trouve dans une situation désastreuse car elle devient de plus en plus dépendante des importations de denrées alimentaires. En particulier pour le riz, l’importation de 3,3 millions de tonnes en 2023 a été la plus élevée des importations de riz par le gouvernement au cours des 25 dernières années, depuis 1998. En outre, l’Agence Centrale des Statistiques (BPS) a déclaré que les importations de riz en 2023 ont augmenté de 613,61 % par rapport à 2022. Ce chiffre ne tient pas compte des importations de riz pour l’ensemble de l’année 2024.

La décision du gouvernement d’importer du riz en 2024 est vraiment incompréhensible.

Le gouvernement soutient que la situation est anormale en raison du phénomène El Nino. Cet argument continue d’être véhiculé par le gouvernement, bien que les données climatiques pour 2024 indiquent un retour à des conditions normales. L’affirmation du gouvernement selon laquelle la production de riz a diminué n’est pas fondée et ne peut être utilisée pour justifier les importations.

De même, la fourniture de riz pour l’assistance sociale se poursuivra jusqu’en juin 2024. Car même si des importations ont été réalisées comme ces deux dernières années, les prix du riz à la consommation restent élevés, dépassant même le Prix de Détail le Plus Élevé (HET) fixé par le gouvernement. En avril 2023, le SPI a proposé que l’amélioration du prix d’achat des grains récoltés et du riz (HPP) se rapproche des prix du marché. Cependant, l’Agence Nationale de l’Alimentation n’a augmenté le HPP des grains récoltés (GKP) au niveau de l’agriculteur que de 800 Rp, passant de 4 200 Rp. par kg à 5 000 Rp. par kg.

Cette augmentation insignifiante empêche pratiquement Perum Bulog d’atteindre l’objectif du CBP. Les agriculteur·rice·s préfèrent également vendre le paddy à des parties autres que Perum Bulog à des prix équitables pour couvrir leurs coûts de production croissants. En conséquence, les consommateurs sont contraints d’acheter du riz à un prix supérieur au HET. L’incapacité de Perum Bulog à respecter le CBP est un problème récurrent chaque année. Les stocks de riz de Perum Bulog sont limités parce que l’entreprise ne peut pas absorber le paddy et le riz des agriculteur·rice·s. Par conséquent, les prix du riz ne peuvent pas être contrôlés par des opérations de marché.

En fait, l’Indonésie connaît un afflux massif d’importations alimentaires depuis 1998.

La signature d’une lettre d’intention avec le Fonds Monétaire International (FMI) a encouragé l’Indonésie à ouvrir son marché alimentaire aux importations étrangères, y compris le riz, la farine de blé, le sucre, l’ail, le bœuf et d’autres cultures vivrières. Plus récemment, la fausse solution des importations alimentaires a été renforcée par la promulgation de la Loi Omnibus nº6 de 2023 concernant la création d’emplois. La loi sur la création d’emplois annule plusieurs lois qui favorisaient antérieurement les agriculteurs. Si la tendance aux importations de denrées alimentaires se poursuit, les agriculteur·rice·s indonésien·ne·s seront encore plus ruinés.

Depuis que les importations de riz ont commencé à affluer fin 2023, le prix du paddy au niveau des agriculteurs a commencé à baisser, passant d’une fourchette de 7 000 à 8 600 Rp par kg à environ 6 000 Rp par kg début janvier 2024. De telles conditions indiquent que la perspective de sécurité alimentaire utilisée par le gouvernement indonésien accroît encore la dépendance à l’égard des importations. Sans oublier que l’Indonésie est le plus grand importateur de blé au monde. L’impact des prix élevés du riz pousse les membres de la classe moyenne inférieure à acheter des alternatives alimentaires moins chères telles que les nouilles instantanées. La classe supérieure, quant à elle, consomme du pain. Ces deux aliments sont fabriqués à partir de blé. Cette situation est très dangereuse, car la baisse de la consommation de riz augmente en fait la demande de blé.

A cet égard, le SPI et le Parti Travailliste estiment que la solution au problème alimentaire réside dans la Souveraineté Alimentaire, dont l’un des principes est le respect des droits, qu’il s’agisse du droit à la terre, aux semences, à l’eau, ou à d’autres facteurs de production.

Par ailleurs, en termes de sécurité alimentaire, nous remettons en question la décision de promouvoir les importations. Cela rend un pays qui peut produire de la nourriture incapable de produire de la nourriture de manière indépendante, en ne considérant que les aspects économiques.

Sur cette base, le SPI et le Parti Travailliste appellent à adopter les attitudes et les revendications suivantes :

  • Rejeter les importations de riz. Les importations de riz auront une incidence sur le prix du paddy et du riz au niveau de l’agriculteur au moment où la saison des récoltes atteindra son apogée au cours du premier semestre 2024. Le gouvernement doit également révoquer la loi sur la création d’emplois et rétablir les articles qui favorisent les agriculteurs, tels que la loi sur l’alimentation, la loi sur la protection et l’autonomisation des agriculteurs et la loi sur la protection durable des terres agricoles.
  • Les réserves gouvernementales de riz (CBP) doivent provenir des agriculteurs. L’objectif du CBP peut être atteint si le HPP se situe à un niveau raisonnable. Cela incitera les agriculteurs à vendre au gouvernement/Perum Bulog plutôt qu’à d’autres parties (privées ou intermédiaires).
  • Augmenter le prix d’achat (HPP) du riz paddy et du riz paysan. L’Agence Nationale de l’Alimentation doit actualiser le HPP du riz paddy et du riz paysan à un prix équitable.
  • Révision du règlement nº67 de 2016 du ministère de l’agriculture sur le développement institutionnel des agriculteurs. Le Ministère de I’Agriculture ne se conforme pas à la décision de la Cour Constitutionnelle nº87/PUU-XI/2013 qui facilite les institutions paysannes formées par les agriculteurs.
  • Réforme agraire pour de nouvelles rizières. Des terres pour les agriculteurs, pas pour les entreprises. Les producteurs de denrées alimentaires doivent être soutenus par le gouvernement par le biais de la réforme agraire et des programmes d’impression de nouvelles rizières.
  • Subventions aux agriculteurs, restructuration de la production de riz et distribution. Les subventions accordées aux agriculteurs ne doivent pas seulement prendre la forme de subventions pour les engrais, mais aussi de subventions directes, car les organisations d’agriculteurs doivent être impliquées dans toutes les décisions politiques. En effet, le gouvernement ignore souvent les aspirations des agriculteurs et de leurs organisations, ce qui se traduit par des politiques qui ne leur sont pas favorables, comme la décision d’importer du riz.

Cet article est une traduction de la version originale publiée sur le site du SPI en janvier 2024.