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Pakistan : Les importations de blé entraînent des pertes énormes pour les paysan·nes. Manifestation nationale annoncée

Les syndicats paysans du Pakistan ont annoncé une manifestation nationale le 21 mai pour protester contre la crise du blé, qu’ils accusent l’ancien premier ministre provisoire et certains bureaucrates d’avoir délibérément créée. 

Les syndicats sont indignés par l’afflux d’importations de blé au cours de la seconde moitié de 2023 et des premiers mois de 2024, qui a provoqué une surabondance de blé sur le marché et, par conséquent, des baisses de prix. Le Mouvement démocratique pakistanais (PDM), alors au pouvoir, a pris cette décision en juillet 2023, un mois seulement avant la fin de son mandat gouvernemental intérimaire.

Les médias citent des chiffres fournis par le ministère national de la sécurité alimentaire et de la recherche indiquant qu’entre septembre 2023 et mars 2024, le Pakistan a importé plus de 3,5 millions de tonnes de blé des marchés mondiaux, où les prix étaient nettement plus bas. Par conséquent, au début du mois d’avril de cette année, alors que les paysan·nes pakistanais·es commençaient leur récolte de blé, les départements nationaux et provinciaux de stockage alimentaire se sont retrouvés avec un stock excédentaire de plus de 4,3 millions de tonnes de blé.

Notre membre organisation locale, le Comité Rabita Kissan du Pakistan, rapporte que les paysan·nes du Pendjab, la plus grande province du pays, exigent que le gouvernement mette fin aux importations de blé qui ont inondé le marché à un moment où ils.elles s’attendent à des récoltes abondantes.

L’agriculture est l’un des principaux secteurs de revenus au Pakistan, représentant près de 23 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. Le blé représente 2 % de ce pourcentage.

Un rassemblement de 15 organisations paysannes représentant diverses régions du Pakistan s’est tenu à Lahore le 9 mai afin de résoudre la crise du blé qui a secoué l’ensemble du monde agricole, en particulier au Pendjab. Suite à la suggestion du Comité Rabita Kissan du Pakistan, ces groupes de paysan·nes ont décidé d’organiser des actions de protestation à l’échelle nationale.

À l’issue de ce rassemblement, auquel ont participé des paysan·nes du Pendjab, du Sind, du Khyber Pakhtunkhwa et du Baloutchistan, Farooq Tariq, le secrétaire général du Comité Rabita Kissan du Pakistan, a dirigé une conférence de presse commune. M. Tariq a exigé avec véhémence l’arrestation immédiate de l’ancien premier ministre intérimaire Anwarul Haq Kakar, ainsi que des bureaucrates et importateurs impliqués dans ce qu’il a appelé “l’escroquerie du blé”. Il a souligné les statistiques stupéfiantes en déclarant : “ Le Pakistan a gaspillé 330 milliards de roupies en important 3,5 millions de tonnes de blé entre août 2023 et mars 2024. Malheureusement, une grande partie de ce blé importé s’est avérée infestée de 1,3 million de tonnes d’insectes.”

Malik Zulfiqar Awan, président du Pakistan Kissan Ittehad, a déclaré : “Toutes les personnes impliquées dans le scandale des importations de blé doivent être rapidement arrêtées et jugérs par les tribunaux de la NAB. La politique d’importation de blé, qui a permis au secteur privé de participer à la passation des marchés, doit être abolie. Soixante navires en provenance de six pays différents ont été utilisés pour l’importation de blé, alors que tout le monde savait qu’une grande quantité de blé avait déjà été semée au Pakistan, en particulier au Pendjab, pour la saison en cours”.

En outre, les paysan·nes demandent instamment la création de laboratoires au niveau des tehsils pour lutter contre la prolifération d’engrais et de pesticides frelatés. Ils demandent également que des mesures strictes soient prises à l’encontre des personnes pratiquant des taux d’intérêt exorbitants sur les prêts accordés aux petit·es paysan·nes.

En outre, les paysan·nes plaident en faveur d’un prix minimum de soutien pour le blé et les autres cultures et demandent instamment au gouvernement de réglementer le marché afin de garantir une tarification équitable des produits agricoles. Ils réclament également que le gouvernement s’approvisionne chaque année en blé auprès des paysan·nes.

Revendications :

Les paysan·nes réclament:

– L’abolition de la politique autorisant le secteur privé à importer des céréales

– Un prix minimum de soutien pour le blé et toutes les autres cultures

– La régulation du marché par le gouvernement afin de garantir des prix équitables pour les produits des paysans

– La fin des politiques néolibérales et anti-paysannes d’ouverture des marchés pilotées par le FMI

– Des indemnisations pour les paysan·nes qui ont subi des pertes en raison des politiques néolibérales du gouvernement.

– Des mesures strictes contre ceux qui imposent des intérêts insupportables sur les prêts accordés aux petit·es paysan·nes.

Dans une déclaration commune, les paysan·nes ont déclaré : “Nous ne nous laisserons plus exploiter. Nous collaborons avec les mouvements paysans de tout le pays et nous porterons les injustices subies par les paysan·nes pakistanais·es sur la scène internationale. Le gouvernement aura du mal à étouffer nos voix”.