Journée de la terre : aperçu des luttes et des violations imposées aux paysan⋅ne⋅s, pêcheurs et éleveur⋅se⋅s palestinien⋅ne⋅s

Avant la guerre de 1948, les Palestinien⋅ne⋅s possédaient environ 78% de la superficie totale de la Palestine historique, le reste étant des terres domaniales “selon la classification du mandat britannique de l’époque”.[1] Aujourd’hui, en 2021, les Israélien⋅ne⋅s représentent 52% de la population totale de la Palestine historique mais utilisent plus de 85% de la terre totale, tandis que les Palestinien⋅ne⋅s représentent 48% de la population et utilisent 15% de la terre (PCBS, communiqué de presse, 2019).[2] Ce changement radical des pourcentages indique des actions de vol de terres sur les terres palestiniennes par l’occupation “israélienne”.

Entre les années 1967 et 2017, 200 colonies ont été établies, dont 131 sont officiellement annoncées comme des villes, ainsi que 11 quartiers à Jérusalem-Est, et 16 autres colonies à Gaza. Les colonies de Cisjordanie comptent plus de 620 000 résident⋅e⋅s, dont 413 400 se trouvent dans les colonies illégales de Cisjordanie. Ces colonies s’étendent sur plus de 538 127 dunums et représentent 10% de la Cisjordanie. En outre, 1 650 376 dounams de la Cisjordanie sont sous l’emprise “israélienne”, ce qui signifie que les colonies contrôlent 40% de la Cisjordanie.[3]  Le total des terres volées – classées comme ayant une valeur agricole élevée ou moyenne – en Cisjordanie est de 2 072 000 dounams, ce qui représente environ 37% de la Cisjordanie. Les Palestinien⋅ne⋅s n’utilisent que 931,5 milliers de dunums, soit environ 17% de la superficie de la Cisjordanie. (PCBS, communiqué de presse, 2019).

« Israël” a poursuivi un plan d’annexion qui a débuté en 1967. Les zones annexées comprennent 106 000 Palestinien⋅ne⋅s qui tombent sous le joug de l’occupation “israélienne” dans la zone C et la vallée du Jourdain, qui est l’une des principales cibles d'”Israël” dans son plan d’annexion. Elle représente 50 % des zones agricoles et “Israël” s’est déjà emparé de 88 % de la vallée, empêchant les Palestinien⋅ne⋅s de bénéficier ou d’utiliser ces terres.[4]

La Palestine qui disparaît [5]

Jusqu’à présent, les Palestinien⋅ne⋅s luttent quotidiennement contre l’injustice permanente de l’expropriation, de la confiscation et de l’annexion des terres, ainsi que contre l’existence de colonies de peuplement illégales au motif de déplacer les Palestinien⋅ne⋅s. Aujourd’hui, on estime à 476 033 le nombre de colons israéliens vivant dans les territoires palestiniens occupés[6], en violation flagrante du droit international. Malgré les condamnations répétées de la communauté internationale, le tout sous le soutien financier et politique du gouvernement “israélien”.[7]  Ces actions violent directement l’article 49(6) de la quatrième Convention de Genève qui stipule que “Les transferts forcés individuels ou collectifs, ainsi que les déportations de personnes protégées d’un territoire occupé vers le territoire de la Puissance occupante ou vers celui de tout autre pays, occupé ou non, sont interdits, quel qu’en soit le motif.” [8] (185)

A propos la journée de terre

En 1967 et après la douloureuse guerre de juin, “Israël” a pu s’emparer des territoires palestiniens restants, Jérusalem-Est, la bande de Gaza et les hauteurs du Golan syrien. Aujourd’hui, cet événement est connu sous le nom de Naksa, qui se traduit de l’arabe par “défaite”. Plus de 750 000 Palestinien⋅ne⋅s se sont retrouvé⋅e⋅s sans abri, sans nulle part où aller. La plupart d’entre eux vivent encore à l’étranger avec les clés de leur ancienne maison dans l’espoir d’obtenir leur droit de retour sur leurs terres.

En réponse à l’expropriation de la Galilée par “Israël”, publiée le 11 mars 1976, les Palestinien⋅ne⋅s ont entamé une grève générale et des marches pour sauver les 20 000 dunums concernés, menacés d’être saisis par l’occupation selon le plan d’annexion – dont 6 000 appartiennent à des Arabes. Ces protestations ont eu lieu à Gaza, en Cisjordanie, dans les camps de réfugié⋅e⋅s palestiniens au Liban et dans les villes palestiniennes d'”Israël”. Les forces militaires d’occupation ont répondu en réprimant les protestations, en blessant plus de 100 Palestinien⋅ne⋅s et en assassinant 6 d’entre eux. Depuis lors, le 30 mars est marqué comme la Journée de la terre palestinienne, au cours de laquelle les Palestinien⋅ne⋅s commémorent celles et ceux qui ont sacrifié leur vie pour protéger leur terre bien-aimée.[9]

Violations des droits des agriculteurs palestiniens :

Les violations et les crimes contre les paysan⋅ne⋅s ont été variés ; le plus important étant la violation du droit de réunion pacifique, de l’intégrité physique, et les attaques sur les activités pacifiques des agriculteur⋅rice⋅s les empêchant d’accéder à l’eau, à la terre et posant des menaces physiques sur celles et ceux qui travaillent dans les champs. Au cours du second semestre de 202 UAWC a surveillé 68 ordres militaires entre les ordres de démolition et de confiscation et a documenté plus de 700 attaques contre les agriculteur⋅rice⋅s ainsi que le déracinement de 6 000 arbres et le bulldozage de 3 500 dunums de terre pour l’expansion des colonies. Les attaques du second semestre ne se sont pas limitées aux agriculteur⋅rrice⋅s et aux terres de Cisjordanie, les attaques ont également touché les pêcheurs, leurs bateaux et les terres agricoles dans la bande de Gaza. 200 attaques ont été menées contre des pêcheurs dans la bande de Gaza, blessant 4 pêcheurs et confisquant 2 bateaux.[10]

Ces attaques des forces d’occupation constituent une violation manifeste du droit international, des droits de l’homme et des traités signés dans le monde entier, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme, la quatrième Convention de Genève sur le droit des civils en temps de guerre, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, la Déclaration universelle des droits des paysan⋅ne⋅s et des personnes travaillant dans les zones rurales, ainsi que des articles de la Loi fondamentale palestinienne et la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. En outre, le fait de brûler et d’arracher des arbres constitue une violation du droit mondial de l’environnement, qui est une branche du droit international public.

La destruction des cultures et le pompage des eaux usées constituent une violation de l’article 29 de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones.

Cette année marque le 45ème anniversaire de notre Journée de la Terre Palestinienne, avec des violations et des confiscations sans fin, avec de nombreuses personnes forcées d’immigrer et vivant maintenant dans des pays étrangers loin de leurs maisons et d’autres vivant sous la menace de perdre leurs terres, donc, à la lumière des conditions actuelles qui empêchent et limitent toute activité sur le terrain pour protéger la terre palestinienne, L’Union des Comités de Travail Agricole appelle la communauté internationale et les institutions internationales des droits de l’homme à prendre des mesures pour protéger les droits des agriculteur⋅rice⋅s sous la menace de ce que l’on appelle “l’accord du siècle”, dans lequel cet accord annexera plus de 30% des terres classées (C), y compris les vallées palestiniennes, qui sont considérées comme le panier alimentaire historique du peuple palestinien, car elles sont les terres les plus fertiles, riches en ressources naturelles et sont la clé de la souveraineté alimentaire pour les Palestiniens à l’avenir.

À l’occasion de la Journée de la Terre, nous appelons l’ONU et les États tiers à :

Prendre des mesures efficaces pour faire respecter la justice internationale et la responsabilité des violations généralisées et systématiques des droits de l’homme commises à l’encontre des agriculteurs, pêcheurs et éleveurs palestiniens, hommes et femmes.

– Mettre fin au bouclage de Gaza.

– Soutenir la mise en œuvre intégrale et le respect des articles de l’UNDROP et mettre en place des mécanismes de surveillance et de responsabilisation afin de demander des comptes aux auteurs des violations.

– Continuer à soutenir le droit des agriculteur⋅rice⋅s, des éleveurs et des pêcheurs à vivre dans la dignité, à protéger leur culture et leurs connaissances indigènes, à privilégier et à promouvoir les solutions agro-écologiques durables des paysan⋅ne⋅s, à aider les Palestinien⋅ne⋅s à obtenir leur droit à la souveraineté alimentaire et à l’accès aux ressources naturelles.


[1] https://www.bjpa.org/content/upload/bjpa/a_su/A%20SURVEY%20OF%20PALESTINE%20DEC%201945-JAN%201946%20VOL%20I.pdf)

[2] Bureau central palestinien des statistiques, S.E. Mme Awad souligne la 43e commémoration annuelle de la Journée de la terre en chiffres statistiques, 28 mars 2019, https://tinyurl.com/a59yfcy , 23 mars 2021.

[3] Le Centre d’information israélien pour les droits de l’homme dans les territoires occupés, Les colonies, 11 novembre 2017, Btselem, 22 mars 2021.

[4] Al-Arabiya, Le plan d’annexion d’Israël : What Does It Mean?2 juillet 2020, Al-Arabiya, https://tinyurl.com/xumzs9zm , 23 mars 2021.

[5] https://tinyurl.com/fu7jbmw7

[6] Al-Arabi, Statistiques : 476 1 000 colons vivant dans 150 colonies en Cisjordanie occupée, 20 janvier 2021, Nidal Watad, 23 mars 2021.

[7] Al-Haq, Organisation Palestinian Land Day Observes Decades of Israeli Land Expropriation, 30 mars 2005, Al-Haq, https://tinyurl.com/vrjxrnr4 , 21 mars 2021

[8] Nations Unies, IVe CONVENTION DE GENÈVE RELATIVE À LA PROTECTION DES PERSONNES CIVILES EN TEMPS DE GUERRE DU 12 AOUT 1949, 12 août 1949, U.N., https://tinyurl.com/8b3bwjc6 , 21 mars 2021

[9] Al-Jazeera, La Naksa : comment Israël a occupé l’ensemble de la Palestine en 1967, 4 juin 2018, Zena Tahhan, 23 mars 2021.

[10] Union des comités de travail agricole, UAWC a surveillé l’arrachage et la destruction de 6 000 plants et le ratissage de milliers de dunums au cours du second semestre de l’année 2020, 16 février 2021, UAWC, https://tinyurl.com/nnu36dum, 23 mars 2021

Cet article est disponible en