25 années de gestation du féminisme au sein de La Via Campesina

(Derio, le 18 Juillet 2017) La Conférence internationale de La Via Campesina a été précédée par la Vème assemblée des femmes les 17 et 18 juillet, à Derio, au Pays Basque.

Pendant l’assemblée des femmes, Pancha Rodríguez, représentante de l’association des femmes rurales et indigènes (ANAMURI) et de La Via Campesina/CLOC (Coordination Latino-américaine d’organisations paysannes) a passé en revue l’histoire des femmes au sein de La Via Campesina.

Tout a commencé en 1992, raconte Pancha, quand des organisations agricoles et paysannes d’Amérique centrale, des Caraïbes, d’Amérique du nord et d’Europe se réunirent à Managua, au Nicaragua, dans le but de construire ce grand mouvement. Pendant cette première phase il n’y avait aucune participation de femmes. Pourtant, il s’agissait du début d’un projet politique des femmes paysannes qui s’est consolidé par la suite. Voyons comment.

La première conférence de la Via Campesina se déroula en 1993, à Mons, en Belgique. Un groupe réduit de femmes discutèrent du processus de participation. Elles se prononcèrent pour que la déclaration finale de la Conférence soit beaucoup plus inclusive. Elles parlèrent du droit à la terre autant pour l’homme que pour la femme et de la reconnaissance de tous ces droits. Lors de cette conférence, 10 axes de travail furent définis. Parmi eux figurait l’égalité homme-femme, dont le principe était que les hommes et les femmes sont égaux et que les valeurs sociales doivent se baser sur la solidarité et l’égalité. « C’était la première fois que nous discutions du féminisme. Nous étions alors des féministes, » affirme Pancha, qui fut témoin et l’une des artisanes de la construction du féminisme au sein de La Via Campesina.

Lors de la troisième conférence réalisée à Bangalore, en Inde, l’égalité hommes-femmes fut finalement consacrée : le nombre de participants était le même que le nombre de participantes. Cette question avait déjà été impulsée par les femmes de la CLOC, qui étaient à l’époque à l’avant-garde du discours paysan féministe.

En plus, elles orientèrent le débat sur la Charte des droits des paysans pour qu’il s’agisse bien d’une charte des droit des paysans et des paysannes. “Nous sentions le besoin de réécrire cette Charte, puisqu’on ne condamnait pas de façon suffisamment énergique la violence faite aux femmes”, se souvient Pancha.

Dans ce même espace, elles lancèrent la campagne mondiale des semences, car depuis toujours ce sont principalement les paysannes et les femmes indigènes qui oeuvrent à la protection et la reproduction des semences. En sauvegardant les semences, elles construisent et maintiennent au fil du temps une histoire collective qui reflète aussi celle des peuples, et plus particulièrement celle des femmes.

La campagne mondiale « Stop aux violences faites aux femmes » se déroula dans le cadre de la Vème conférence, à Maputo, en 2008. « Au Mozambique, nous n’avons pas seulement parlé de violence domestique ou organisationnelle. Nous avons aussi parlé de la violence systémique qui est très dure pour les hommes, mais en réalité deux fois plus dure encore pour les femmes» souligne Pancha.

Lors de l’avant-dernière conférence, qui s’est tenue à Jakarta en 2013, c’est une feuille de route pour l’autonomisation des femmes rurales qui fut préparée et les féministes de l’Amérique latine qui continuent aujourd’hui à construire un nouveau monde axé sur l’émancipation sociale furent salué.

Lors de cette VIIème conférence de La Via campesina, le défi que les femmes propose de relever consiste en définir, d’un commun accord, ce que nous entendons par le « féminisme paysan et populaire. »

Globalisons la lutte, globalisons l’espoir!

Equipe de communication de La Via Campesina

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