Visite d’une délégation de la société civile sud-coréenne

*Du 19 au 25 mai 2007, l’AITEC, avec Attac France et la Via Campesina Europe, a accueilli à Paris une délégation de la Korean Alliance against Korea-US Free Trade Agreement (KoA), formée de 282 organisations coréennes rassemblées depuis un an et demi contre l’accord de libre-échange entre leur pays et les USA.*

Composée de 25 représentants d’organisations paysannes (Korean Peasant League, Korean Women Peasants Association, Korean Dairy & Beef Farmers Association…), de syndicalistes (Korean Confederation of Trade Unions) et de militants de solidarité internationale (Veterinarian’s solidarity for Public Health notamment), une délégation de la /Korean Alliance against Free trade agreements/ a séjourné à Paris du 19 au 25 mai derniers. Elle est venue en France à l’occasion de la réunion annuelle de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), compétente dans la définition des standards sanitaires susceptibles de justifier des
restrictions aux accords de libre-échange. Les activistes de la KoA souhaitaient interpeller les citoyens français et sud-coréens sur les impacts des accords de libre-échange en matière de sûreté alimentaire :

l’accord commercial entre les USA et la Corée du Sud permet notamment l’importation libre de bœuf américain en Corée, sans que les garanties suffisantes quant à sa qualité sanitaire n’aient été apportées. Ces importations contribuent dans le même temps à menacer les productions locales. Des rassemblements et manifestations ont été organisées avec le soutien de l’AITEC, d’Attac France, de Via Campesina et de la Confédération paysanne. On a particulièrement noté la détermination et l’organisation des militants de la KoA, très bien équipés (musique, banderoles et tracts en français, tee-shirts et déguisements…). La marche Sambo Ilbae (Place de la Bourse-Place de l’Opéra en s’agenouillant tous les trois pas et au rythme des gongs bouddhistes) a spécialement attiré l’attention et l’intérêt des riverains du quartier.

Mais cette semaine fut aussi l’occasion de rencontres et de réflexions communes à la KoA et aux organisations citoyennes françaises préoccupées par les questions de commerce international.

• La KoA a ainsi rencontré la Confédération paysanne, ActionConsommation et Food and Water Watch autour des *problèmes de sureté alimentaire* : il est acquis que les accords de libre-échange régionaux et bilatéraux renforcent la circulation de biens et de produits issus de manipulations biologiques, génétiques ou technologiques et poussés principalement par l’industrie agro-alimentaire. Au contraire ces accords déstructurent les agricultures familiales, dont les productions sont adaptées aux goûts et à la demande locales mais ne résistent pas au dumping. De ce point de vue les paysans français et coréens sont
confrontés à des difficultés exactement similaires, dont les racines sont identiques. Face à la demande de réglementation croissante des citoyens européens et nord-américains, on observe en plus la délocalisation fréquente des usines de l’agro-alimentaire dans un certain nombre de pays émergents, et notamment asiatiques, qui présentent les capacités technologiques suffisantes mais ne brandissent pas de réglementations sanitaires contraignantes, ni sur les conditions de travail des employés ni sur la qualité des produits finis. Les paysans sud-coréens redoutent que l’accord de libre-échange UE-Corée n’aggrave le processus de dégradation de la qualité des produits alimentaires vendus sur leurs marchés. Ils appellent à une surveillance et une mobilisation conjointe avec les organisations paysannes, les associations de consommateurs et les mouvements de protection de l’environnement des 25 Etats membres de l’UE.

• La perspective d’une signature d’un *accord de libre-échange entre la Corée du Sud et l’UE* d’ici le début de l’année 2008 inquiète les organisations rassemblées dans la KoA. Ils ont souhaité rencontrer des syndicats français (Union syndicale Solidaires, FSU, CGT) afin d’envisager des perspectives de mobilisation communes lors des différents temps du processus de négociation. Pour l’heure, les mandats de négociation ont été communiqués à la Commission par le Conseil fin avril, le premier round de négociation s’est tenu début mai, et le second round est prévu à Bruxelles en juillet prochain. L’opportunité
d’organiser une délégation France-Corée du Sud à Bruxelles à cette occasion, associant syndicats, ONG et mouvements sociaux dans des actions de protestation mais aussi de lobby, a retenu l’attention des protagonistes de ces réunions, et devrait être développée d’ici là. Nous avons également abordé la nécessité d’organiser les rapprochements entre mouvements des différents pays d’Asie concernés par les négociations d’accords de libre-échange avec l’UE = Inde et pays membres de l’ASEAN. De ce point de vue les organisations d’Europe peuvent aider via leurs partenaires, mais c’est la volonté asiatique qui sera déterminante. Un séminaire concernant les accords de libre-échange, leurs impacts et les alternatives qu’on peut leur substituer, sera proposé pendant le KSF en juillet, auquel des représentants des pays voisins seront conviés.

• Des représentants de la KoA ont rencontré des représentants du CRID afin d’échanger sur les *dynamiques des organisations de solidarité internationale* dans nos deux pays, puis *explorer les perspectives de rapprochement de la société civile sud-coréenne vis-à-vis du processus des forums sociaux mondiaux*. La Corée du Sud était en effet une hypothèse avancée dans le cadre du Conseil international des Forums sociaux mondiaux pour le FSM 2009, à côté de celle formulée par l’Amazonie notamment, et cette question du lieu du prochain FSM centralisé sera débattue à Berlin ces jours ci. En l’occurrence nos interlocuteurs coréens ont fait état de l’absence de connexions actives avec le mouvement international, mais d’un grand intérêt à ouvrir la discussion dans un cadre plus large côté coréen, par exemple lors du prochain Forum social de Corée, prévu du 6 au 8 juillet prochains à Seoul. Ils jugent toutefois le contexte politique sud-coréen défavorable (élections fin 2007 qui vont voir triompher un candidat conservateur et néo-libéral (il faut cependant noter qu’il n’existe pas d’opposition social-démocrate susceptible de rivaliser, seul un parti « Democratic Labor Party » pour représenter la gauche, très proche des mouvements sociaux et citoyens mais qui est très minoritaire) et attirent notre attention sur les pratiques répressives et coercitives du gouvernement sud-coréen vis-à-vis des mouvements sociaux. Dans tous les cas proposition est faite au CI des FSM et aux organisations françaises qui le souhaiteraient

• La projection-débat du film We feed the World à l’Espace Saint Michel, en présence de Susan George, Chico Whitaker et des représentants de la KoA, a enfin ouvert un espace de rencontre et d’échanges avec des citoyens préoccupés par les implications de la mondialisation des échanges sur leurs conditions de vie.

Cette première rencontre avec la société civile sud-coréenne est une grande satisfaction pour l’AITEC. Parce qu’elle offre bien sûr une perspective de dialogue et de partenariat prometteuse avec les citoyens coréens alors que se précipitent les négociations liées à l’accord de libre-échange entre l’UE et la Corée ; la KoA appelle en effet à la solidarité des organisations européennes dans la résistance à cet accord, qui risque d’approfondir les modalités de l’accord signé en avril avec les USA. Mais la visite de la délégation sud-coréenne s’inscrit également dans une volonté d’élargissement de nos alliances et
partenariats en Asie du sud-est ; de ce point de vue, les liens de la Corée du Sud avec les Philippines, la Chine de Hong Kong, la Thaïlande… nous ont permis de mieux comprendre la situation et les préoccupations des mouvements citoyens locaux, et d’envisager les modalités de rapprochements futurs.

/Site web de l'AITEC, l'Associaltion International des Techniciens ,
Experts et Chercheurs / <mailto:amelie.aitec@reseau-ipam.org>

Cet article est disponible en