“Les députés ont trahi le peuple”, a dit Ibrahima Coulibaly

Biosécurité et introduction des OGM au Mali

Par Moussa Touré, 14 novembre 2008, Le Soir de Bamako

Afin de montrer leur opposition, et d’attirer l’attention des députés sur les conséquences que peuvent entraîner l’adoption d’un projet de loi sur la biotechnologie dans notre agriculture, la Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali (CNOP) a organisé, ce jeudi 13 Novembre 2008, un sit-in devant l’Assemblée nationale… Et cela, au moment même où les élus s’apprêtaient à examiner ledit projet de loi.
En plus du président de la CNOP , M. Ibrahima Coulibaly, la manifestation a enregistré la présence d’autres responsables et beaucoup de membres de l’organisation. Ainsi, sur les banderoles des manifestants, on pouvait lire : “Monsanto : société criminelle aux USA et dans le monde ! ” ; “OGM : un aller simple pour un nouvel enfer de dépendance semencière !” ; “OGM : ni dans mon champ, ni dans mon assiette !” ;  “OGM sans transparence : destruction de notre pays ! ” ; “OGM : la Loi d’Orientation Agricole (LOA) est en train d’être violée et piétinée ! ”… En effet, il faut bien constater que de nos jours, l’introduction des Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) dans l’agriculture est devenue un sujet de débat public dans le monde entier. Et notre pays n’est pas resté en marge, avec l’élaboration d’un projet de loi relatif à la sécurité en biotechnologie.

Ainsi, convaincu des conséquences désastreuses que peuvent entraîner la biosécurité et l’introduction des OGM dans notre agriculture, la CNOP a multiplié des activités (ateliers, conférences, marches…) pour informer, former afin que chacun puisse non seulement contribuer efficacement aux débats, mais aussi prendre connaissance des effets néfastes d’une telle technologie.
 
Conséquences de l’introduction des OGM

Du point de vue des responsables de la CNOP , notamment du Président, Ibrahima Coulibaly, les OGM posent de sérieux problèmes environnementaux liés à l’agriculture : des problèmes d’éthique, des problèmes d’ordre économique, politique, culturel, sanitaire…, tant pour les hommes que pour les animaux.

Aussi, M. Coulibaly a fait savoir que par le flux de gènes, la généralisation de la culture des OGM présente des risques importants de pollution génétique. En effet, les gènes artificiels introduits dans les plantes cultivées peuvent se répandre dans le patrimoine génétique des variétés traditionnelles et des espèces sauvages ou apparentées aux OGM. Toute chose qui, du coup, entraîne la destruction des semences traditionnelles.

“Donc, c’est un nouvel esclavage que les multinationales sont en train de mettre en place au détriment des paysans, qui seront contraintes d’aller acheter, chaque année, des semences OGM à prix d’or. D’ailleurs, aucune compagnie d’assurance n’a encore accepté d’assurer les risques potentiels des OGM ”, s’est indiqué le président de la CNOP.

M. Coulibaly a signalé que tous ces facteurs cités sont contraires au cadre de biosécurité qui doit avoir, pour seul objectif, d’assurer la sécurité environnementale, sanitaire, et surtout économique d’un pays, et non d’introduire le commerce des OGM brevetés. Il a ajouté que la bio sécurité doit aussi servir à préserver les variétés, les espèces et races locales ; et que sans cela, elle n’a aucun intérêt, surtout pour un pays en développement.

 
La CNOP conteste le projet de loi

Du constat de cette coordination paysanne, face à la précipitation d’une minorité de chercheurs de l’Institut d’Economie Rurale (IER), et avec l’appui sans faille de Monsanto, Syngeta et l’USAID, un avant-projet de loi de Bio Sécurité a été élaboré et soumis à l’Assemblée par le gouvernement.

Ce document, ainsi que son cadre, ont été élaborés avec la participation de façade d’une partie de la société civile triée sur le volet (trois personnes au total, avec des profils qui ne cadrent pas avec les enjeux de la problématique) par les cadres des ministères chargés de la question, pour favoriser le démarrage des travaux d’introduction, de manipulation et de dissémination des plants génétiquement modifiés, a fait avoir la CNOP.

Aussi, toujours selon la CNOP , le processus d’élaboration de ce document extrêmement important pour notre pays -afin de se protéger contre les risques avérés des OGM- n’a pas respecté les dispositions des conventions internationales signées par notre pays.

Il s’agit notamment de la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) et du Protocole de Cartagena, qui exige des consultations populaires pour élaborer les textes nationaux. A ces Conventions, on peut ajouter la Loi d’Orientation Agricole (LOA) qui prévoit d’élaborer une loi semencière et de bio sécurité.

En outre, le projet de loi de bio sécurité que le gouvernement du Mali a soumis à l’Assemblée nationale présente plusieurs incohérences par rapport aux aspirations du peuple malien, en matière de bio sécurité.

C’est pour toutes les raisons évoquées que la Coordination Nationale des Organisations Paysannes (CNOP) avait mené beaucoup de combats afin d’arrêter le vote de ladite loi par les députés.

 Moussa TOURE

PROJET DE LOI SUR LA BIOTECHNOLOGIE

Il passe à l’Assemblée comme lettre à la poste

Malgré la forte protestation et les différents appels de la société civile, l’Assemblée nationale du Mali a examiné et adopté le projet de loi sur la biotechnologie. Défendu par le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement, ledit projet a obtenu l’aval des députés, car ces derniers l’ont adopté à 108 voix Pour et seulement 20 Contre.

Le récent développement de la biotechnologie a consisté à l’utilisation d’une technique nouvelle pour manipuler volontairement des gènes, des cellules, ou des tissus vivants, pour produire de nouveaux tissus ou générer des changements dans la constitution génétique d’un organisme.

Le contexte

Ce développement sans précédent des biotechnologies suscite des intérêts assez considérables pour les pays en développement. Il représente une opportunité pour réaliser des avancées certaines dans plusieurs domaines, notamment l’agriculture et l’alimentation, l’environnement, la santé humaine et animale, l’énergie, l’industrie et la foresterie.

Par ailleurs, nonobstant les immenses espoirs engendrés par la biotechnologie, des inquiétudes demeurent quant à son application, en raison des conséquences qui peuvent découler de son utilisation sur la diversité biologique, la santé humaine et animale et l’environnement.

De nos jours, le constat est que, face à l’immense espoir qu’a fait naître les avancées en matière de biotechnologie, un océan d’insécurités s’étale, lié aux risques que peut engendrer son utilisation. Pour y faire face, les Etats en développement, et particulièrement le Mali, ne disposent que d’un vide juridique compromettant pour des décideurs.

La justification

Comme spécifié, le développement spectaculaire de la biotechnologie offre des avantages, car les découvertes recèlent des espoirs extraordinaires d’exploitation au profit du bien-être de l’humanité. Il est source d’inquiétudes particulièrement vives, car la technologie biologique comporte des risques potentiels. Or de nos jours, notre pays ne dispose d’aucun instrument juridique approprié le mettant à l’abri des risques liés aux activités biotechnologiques. Une des craintes manifestes s’exprime sur le plan socio-économique, dans la mesure où les biotechnologies sont développées par de puissantes sociétés multinationales et constituent une menace potentielle pour l’avenir des structures agricoles traditionnelles.

Pour notre pays, il ressort donc une nécessité impérieuse de prendre toutes les mesures nécessaires, pour se mettre à l’abri des risques éventuels liés aux différentes applications de la biotechnologie moderne : c’est ce qui s’appelle nomme bio sécurité ou sécurité biotechnologique. D’où l’adoption de ce projet de loi soumis aux députés.

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