La Via Campesina au Conseil des Droits de l’Homme (*)

 

Monsieur le Président, Monsieur le Haut-Commissaire,

Vos Excellences, Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de commencer par exprimer ma profonde inquiétude concernant la grave situation en Libye. Les émeutes de la faim incroyablement violentes en Tunisie et en Algérie méritent également notre plus grande attention, étant donné que, cette année encore, le monde connaît de nouveau une crise alimentaire majeure.

 

M. / Mme le Président,

Nous assistons en ce jour à des violations généralisées des droits humains, en particulier ceux des paysans et des personnes travaillant dans les zones rurales:

* 925 millions de personnes souffrent de malnutrition dans le monde

* Sur un total de 2,2 milliards de paysans et de personnes travaillant dans les zones rurales, 50 % d’entre eux souffrent encore de la faim, alors que ces personnes produisent au moins 70 % de la nourriture dans le monde

* Nous sommes témoins du phénomène mondial de l’accaparement des terres: les paysans sont expropriés, expulsés de leurs terres, devant se contenter de parcelles de terre de plus en plus réduites et/ou condamnés à devenir des sans-terre

* Nous voyons, dans de nombreuses régions du monde, la hausse des prix des denrées alimentaires, mais en réalité cette hausse n’améliore pas la situation économique des petits et moyens producteurs, car ils ne bénéficient pas de ces prix plus élevés

* Partout nous sommes témoins de la discrimination à l’égard des paysans et des personnes travaillant dans les zones rurales, en particulier les femmes – en ce qui concerne l’accès aux ressources de production comme le foncier, les semences, l’eau, l’assainissement, les services de santé, l’éducation, ou même l’accès à la justice… une discrimination qui mène à la criminalisation, aux arrestations arbitraires, à la torture et aux assassinats extrajudiciaires.

La promotion et la protection des droits de l’homme est au c¦ur du mandat de l’ONU. Mais si les droits de l’homme veulent l’emporter, alors il est grand temps de mettre en place une coopération internationale constructive pour remédier à cette situation.

Le mandat octroyé par la résolution 13/4 du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies pourrait apporter l’élan nécessaire pour rendre possible le droit à l’alimentation dans notre vie quotidienne. Ce mandat permettrait également de prendre en compte la situation effective dans laquelle nous nous trouvons ainsi que d’apporter une solutions aux crises alimentaires et à la pauvreté qui sévissent actuellement. Les deux études qui seront présentées et discutées lors de la 16e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, (1) «Étude sur la discrimination dans le contexte du droit à l’alimentation», et (2) “Etude préliminaire sur l’avancement des droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales ” seront importantes pour nous car elles nous permettront de définir notre comportement futur en ce qui concerne la promotion et la protection des droits de l’homme, surtout en ce qui concerne les droits des paysans et des personnes travaillant dans les zones rurales.

M. / Mme. le Président,

Le principe de base des droits de l’homme est de lutter contre toutes les discriminations. Ceci doit apparaître dans l’inclusion progressive de mesures anti-discriminatoires dans les législations et les mécanismes de gouvernance et de responsabilité tout en assurant en même temps la qualité de la législation et de l’élaboration des politiques, ainsi qu’une capacité améliorée à comprendre le problème.

Le but de mon propos est donc de souligner que les paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales doivent être au c¦ur des efforts de lutte contre la faim et la crise alimentaire. Pour nous, les producteurs de denrées alimentaires, qui sommes l’épine dorsale des civilisations, la promotion et la protection des droits de l’homme va main dans la main avec une amélioration de la situation alimentaire pour les habitants du monde et la possibilité de meilleures conditions de vie pour les populations dans leur ensemble.

La 16e session du Conseil des droits de l’homme devra jouer un rôle décisif en ce qui concerne la création de solutions à la situation alimentaire actuelle. Nous mettons en évidence la possibilité que les études et les efforts actuels entrepris par le Conseil sur la question du droit à l’alimentation peuvent former la base d’un nouvel instrument (déclaration et/ou convention) sur les droits des paysans et des personnes travaillant dans les zones rurales. Notre espoir est que cette session puisse constituer, comme toujours, un processus constructif pour la société civile que nous représentons, notamment les organisation de paysans et de ruraux, les États membres ainsi que toutes les parties concernées.

Nous sommes décidés à continuer à travailler en étroite collaboration avec le Conseil afin de veiller à ce que nos droits soient reconnus et protégés.

Je vous remercie, Monsieur / Madame le Président


 

(*)Discours par Alexis Corthay, La Via Campesina, Mouvement paysan international au Conseil des Droits de l’Homme, 16ème session High level segment, 2 mars 2011 à Genève

 

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