Espagne : Les paysannes ont plus de difficultés à accéder aux aides agricoles

Les organisations paysannes d’Espagne – COAG et la Confédération des femmes rurales (CERES) – exigent que la nouvelle politique agricole commune (PAC) et les plans de développement rural (PDR) soient élaborés dans une perspective de genre. Aujourd’hui, ces programmes et cette politique marginalisent les terres des femmes paysannes et des éleveuses car de plus petites dimensions ou liées à des productions non éligibles. Les exploitations agricoles gérées par des femmes paysannes reçoivent à peine 3 euros sur 10 globalement distribués par la Politique agricole commune (PAC).

(Madrid, 4 mars 2021) À l’occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes (8M), le département des femmes de la COAG et la Confédération des femmes rurales (CERES) dénoncent le fait que les exploitations agricoles gérées par des femmes paysannes ont un accès plus limité aux aides agricoles.

Selon les données publiées par le Fonds de garantie agricole espagnol (FEGA), le nombre d’exploitations agricoles féminines bénéficiant des aides de la PAC est loin d’être égal à celui des exploitations masculines. Seules 27,5 % des exploitations féminines reçoivent une aide de la PAC. Seules 27,5 % des aides directes sont perçues par les femmes et 26,34 % des aides au développement rural. Pour toutes ces raisons, COAG et CERES estiment qu’il est essentiel de procéder à une analyse de la perspective de genre dans ces deux programmes de promotion de l’activité agricole.

COAG et CERES considèrent que l’objectif de faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes dans la politique agricole commune et dans le programme de développement rural est d’appliquer une nouvelle stratégie de genre à la réalité du monde rural, non seulement pour parvenir à une réelle égalité mais aussi pour stopper le dépeuplement des zones rurales.

Actuellement, tant la PAC que le soutien du PDR ont été conçus d’un point de vue masculin, dans lequel un modèle qui convient à la majorité des exploitations agricoles dont le propriétaire est un homme est établi comme l’exploitation “standard” bénéficiant du soutien. En d’autres termes, il ne tient pas compte de la perspective de genre, qui devrait tenir compte du fait que la majorité des exploitations agricoles appartenant à des femmes ont un modèle différent de celles qui appartiennent à des hommes. Il s’agit de petites exploitations et, dans de nombreux cas, elles pratiquent des cultures et des productions animales alternatives qui ne sont pas éligibles aux aides. Cela ne signifie pas qu’elles ne sont pas viables ou productives, en fait “elles ont toujours étaient là”.

Selon une étude du CERES, les femmes conservent plus de droits que les hommes dans l’agriculture dite à la houe, c’est-à-dire les cultures horticoles permanentes et l’élevage, que dans l’agriculture à la charrue, principalement les cultures céréalières sèches. Ce préjugé sexiste dans l’agriculture et l’élevage est le reflet du “travail à court terme” auquel sont condamnées de nombreuses femmes exerçant une activité rémunérée. La reproduction des stéréotypes de genre imposés aux femmes dans la sphère familiale et sociale empêche souvent les femmes rurales de travailler dans des exploitations plus importantes.

Il convient également de noter que certaines exploitations agricoles appartenant à des femmes optent non seulement pour des exploitations plus petites, mais aussi pour des modèles et des productions différents, en mettant l’accent sur une agriculture plus durable, qui nécessite plus de travail et donc moins de possibilités d’expansion en termes de superficie (hectares).

D’après Inmaculada Idáñez, chef du département des femmes de la COAG et présidente du CERES, “La PAC pourrait certainement être un exemple d’innovation sociale bien si elle était bien mise en œuvre. L’égalité des chances ne repose pas sur l’établissement des mêmes conditions d’accès à l’aide une fois que les exigences d’une “exploitation standard” sont remplies, comme dans le cas présent, mais doit être établie au préalable, c’est-à-dire à la ligne de départ et non à la ligne d’arrivée. Il est donc nécessaire de tenir compte de la situation des exploitations agricoles appartenant à des femmes dans la conception des exigences. Il s’agit d’adapter la réglementation à la réalité des campagnes, en tenant compte des femmes“.

Bruxelles nous a rappelé que l’aide aux campagnes doit donner la priorité, entre autres, aux femmes, c’est pourquoi il est temps d’établir une stratégie d’égalité tant dans la PAC que dans le PDR. A cet égard, la COAG et le CERES estiment que lorsqu’il s’agit de proposer des interventions dans le cadre de la PAC, les organes consultatifs, les coopératives et les organisations agricoles doivent être encouragés à avoir une répartition équitable dans les postes de décision. “Les organisations qui favorisent la participation des femmes devraient être récompensées. Nous sommes sûrs que cela finira par transformer la façon de travailler dans tous les domaines pour les enrichir et aussi pour la justice sociale“, a fait remarquer M. Idáñez.

En outre, à l’occasion du #8M, COAG et CERES demandent instamment au gouvernement espagnol de signer la Déclaration des Droits des Paysans approuvée par les Nations unies en octobre 2018, puisque au moment du vote notre gouvernement s’est abstenu. Signer signifie soutenir les prémisses de la déclaration des Nations unies où il est reconnu que :

  • Les États doivent prendre toutes les mesures nécessaires pour que les femmes rurales jouissent du droit de participer aux plans de développement.
  • Les États doivent faciliter l’accès des femmes à la sécurité sociale, à la formation, à l’éducation et aux services financiers.
  • Les États doivent faciliter l’accès des femmes à la terre et aux ressources naturelles sur un pied d’égalité avec les hommes, et leur permettre de les utiliser et de les gérer sur un pied d’égalité