En solidarité avec le peuple de Sri Lanka! Autorisez les manifestations pacifiques, annulez la dette, MAINTENANT !

La Via Campesina | Bagnolet, 12 mai 2022

Le Sri Lanka est actuellement confronté à une grave crise économique, sociale et politique résultant de nombreuses années de mauvaise gestion par des régimes politiques corrompus. Depuis plusieurs semaines, des citoyens et des mouvements sociaux ont fait irruption dans les rues pour protester et réclamer des changements substantiels dans la politique nationale.

Le 9 mai, cédant à l’immense pression de l’opinion publique, le Premier ministre, Mahinda Rajapaksa, a présenté sa démission au Président (également son frère), M. Gotabaya Rajapaksa. La situation reste tendue car les citoyens et les militants affirment avoir été pris pour cible par des foules violentes pro-gouvernementales. Des nouvelles de la répression brutale des manifestants continuent d’arriver, mais les mouvements populaires poursuivent leurs protestations et restent fermes dans leurs revendications. 

La mise en œuvre de politiques néolibérales destructrices prônées par des institutions multilatérales telles que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International a entraîné le retrait de l’État des services publics essentiels comme l’éducation, la santé, la nutrition et d’autres besoins fondamentaux.

La crise de la dette rurale a poussé plusieurs personnes des communautés les plus pauvres à se suicider. Le modèle de développement néolibéral a entraîné des inégalités massives entre riches et pauvres. Les pauvres continuent d’être exploités par les réformes liées au marché qui ont maintenu les salaires bas. Les pratiques patriarcales généralisées ont aggravé les difficultés rencontrées par les femmes et les filles dans des contextes ruraux.

Bien que le Sri Lanka ait mis fin à sa guerre civile en 2009, il utilise toujours des outils militaires pour opprimer les descendants et a même amené le personnel militaire à la fonction publique pour manipuler les décisions. La déréglementation des ressources naturelles au cours des dernières années a entraîné une surexploitation, faisant ainsi des Objectifs de Développement Durable (ODD) et des Contributions Déterminées au Niveau National (CDN) un rêve lointain.

Cette année, la dette extérieure du Sri Lanka a atteint 55 milliards de dollars et le service annuel de la dette pour l’année 2020 était de 7 milliards de dollars. Le ministre des Finances a annoncé que les réserves de change du Sri Lanka étaient tombées à 50 millions de dollars, approuvant l’annonce de la Banque centrale selon laquelle le pays ferait défaut sur le paiement de sa dette. La principale raison de la faillite est la poussée de l’économie sri-lankaise vers une économie dépendante de la dette et la négligence de l’économie productive.

Aujourd’hui, le pays est en pénurie de carburant, de médicaments, de nourriture et d’intrants industriels et agricoles. Leurs prix ont grimpé en flèche au cours des derniers mois, le taux d’inflation ayant atteint 22,9% en avril 2022.

En conséquence, les gens ont commencé à manifester dans tout le pays, exigeant que le président et le gouvernement se retirent et apportent des solutions immédiates à la crise actuelle. Cependant, au lieu de donner des réponses, le gouvernement réprime les soulèvements de masse en utilisant la force militaire et a déclaré l’état d’urgence.

Le gouvernement a contacté le Fonds Monétaire International (FMI) en dernier recours pour résoudre la crise économique. Il a également bénéficié de prêts bilatéraux de l’Inde et de la Chine. Le gouvernement propose des augmentations d’impôts et une réduction des subventions publiques et de l’aide sociale pour réduire les dépenses de l’État.

Tout cela augmentera encore les prix des produits de base et aggravera la crise actuelle de la dette.

De plus, le gouvernement s’attend fortement à ce que les Investissements Directs Étrangers (IDE) augmentent les réserves de change et servent de pilule magique pour la crise. Les gens ont averti que ces investissements s’accompagnent de conditions pour déréglementer et libéraliser davantage l’économie (une politique qui est à l’origine de la crise actuelle). Ils craignent que ces IDE menacent une fois de plus les droits des populations, augmentent l’accaparement des terres et la saisie des ressources naturelles.

En tant que La Via Campesina, nous sommes solidaires avec les paysans, les travailleurs et les peuples autochtones de Sri Lanka. Nous exprimons notre solidarité au MONLAR et aux autres mouvements sociaux appelant à un changement systémique pour faire face à la crise;

  • Les organisations sri-lankaises appellent le gouvernement national et le président à assumer la responsabilité de cette crise et à se retirer immédiatement. Ils exigent un environnement propice à la formation d’un gouvernement intérimaire représentant tous les partis politiques pour résoudre les problèmes économiques et sociaux urgents du pays selon la volonté du peuple.
  • La Via Campesina appelle à une annulation inconditionnelle et immédiate de toute la dette ! Le tournant néo-libéral des années 1970 a permis au Sri Lanka d’accéder aux fonds du FMI et des marchés financiers privés, ce qui s’est avéré être une pilule empoisonnée. Le stock de la dette extérieure est initialement passé d’un peu plus d’un milliard de dollars en 1977 à plus de 5 milliards de dollars en 1988, 9 milliards de dollars en 1998 et 16 milliards de dollars en 2008. Mais, à la suite de la crise financière mondiale, l’accès facile aux liquidités étrangères a encouragé les gouvernements à amorcer l’économie avec le soutien des capitaux étrangers, ce qui a eu pour effet de faire grimper le stock de la dette extérieure à plus de 56 milliards de dollars en 2020. Le fait de continuer à assurer le service de la dette et d’être contraint par ce fardeau limitera la capacité du pays à surmonter la crise.
  • Nous appelons les institutions internationales à rester vigilantes et à exiger du gouvernement sri-lankais qu’il respecte les droits civils et autorise les manifestations pacifiques, comme le prévoient la constitution du pays et les traités internationaux relatifs aux droits humains.
  • Nous soutenons un processus vers un futur gouvernement populaire pour formuler et mettre en œuvre des politiques économiques favorables aux peuples, comme demandé par le peuple, pour fournir des solutions à court terme, à long terme et durables pour l’avenir du Sri Lanka.

La Via Campesina appelle les alliés internationaux des mouvements sociaux et des communautés à se tenir aux côtés du peuple sri-lankais et à soutenir ses exigences pour trouver des solutions immédiates aux problèmes économiques et sociaux brûlants.


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