En mémoire des victimes de Melilla – La Via Campesina participe au 5ème Forum Social Maghrébin sur la Migration

(Bagnolet, 22 de Juin de 2023) Une délégation de la Via Campesina se prépare à participer au 5ème Forum Social Maghrébin sur la Migration, qui se tiendra du 23 au 25 juin à Nador (Maroc). Il s’agit d’un espace collectif avec des organisations sociales avec lesquelles notre mouvement construira des démarches communes autour du Pacte de Solidarité sur les Migrations.

Le forum se tiendra dans la ville frontalière de Nador (Maroc) avec Melilla (ville occupée par l’Espagne), un territoire chaotique pour les lois des deux pays puisqu’il s’agit d’une zone de transit pour des milliers de personnes venant du continent africain vers l’Europe. L’année dernière, la région a connu les pires massacres frontaliers de l’histoire récente, environ trois douzaines de migrants ayant été brutalement tués alors qu’ils tentaient de franchir une clôture frontalière, et les responsabilités n’ont encore été assumées par aucun des gouvernements.

Le forum a pour objectif de continuer à dénoncer cette tragédie et d’autres, ainsi que les meurtres quotidiens que les migrant·es vivent dans cette région et dans la mer Méditerranée, et pour soutenir les droits et la dignité des migrant·es et des travailleur·ses ruraux·ales.

En même temps, la Caravana Abriendo Fronteras, un réseau d’organisations et collectifs qui revendiquent un accueil digne de migrant·es et le droit à la liberté de circulation, sera présente le 24 et 25 juin à Melilla, de l’autre côté de la frontière, pour réclamer la justice à l’occasion du premier anniversaire du massacre à la barrière.

Nous migrons dans un monde qui profite de notre existence et viole nos droits.

Pour notre mouvement, cet événement est la conséquence d’une lutte historique menée par les paysan·nes et les travailleur·ses ruraux contre les déplacements forcés et les autres types de migration dont ils souffrent les exploitations agricoles dans les zones rurales de nombreuses régions du monde entier. Depuis son Collectif Migration et travailleurs agricoles salariés, La Via Campesina a développé des sentiments, des voix et des actions collectives pour soutenir la lutte internationale pour les droits des migrant·es et des travailleur·ses ruraux·ales.

La situation actuelle nous montre les dures réalités de la mort et de la violation des droits de l’homme. Le racisme structurel, et les crises mondiales les obligent à traverser des moments très critiques qui mettent en risque leur vie et celle de leur famille. Cette réalité est très proche de ceux qui ont dû abandonner leurs terres, leurs territoires et leurs cultures, en particulier dans les régions où la pauvreté est structurelle, où le réchauffement climatique est une menace féroce et où la guerre et les conflits politiques, ont également des conséquences graves.

De nombreuses personnes qui migrent finissent par occuper des emplois très vulnérables, comme c’est le cas du travail salarié dans les champs agricoles du l’Occident et dans les zones rurales qui les hébergent. Bien que ces derniers ils continuent d’assumer un noble rôle de nourrir et de soigner la population, mais cette fois au prix de la violation de droits basiques tels que le logement, les soins de santé ou un salaire de subsistance. Le système néocolonial ne se contente pas de les déplacer en s’emparant de leurs terres, il les soumet également pour continuer à approvisionner les grands marchés de l’industrie alimentaire et des matières premières.

Malgré cela, c’est la paysannerie elle-même qui doit élever sa voix plus haute que ceux qui veulent parler pour eux-mêmes. C’est un énorme défi au sein du mouvement paysan pour faire entendre et ressentir sa propre voix au-delà des organisations gouvernementales et de solidarité.

Le massacre de Melilla est loin d’être isolé. Les politiques migratoires meurtrières de l’Europe se poursuivent et font des milliers de victimes chaque année.  Voici quelques rapports de nos organisations membres :

Un dramatique naufrage d’un bateau de pêche transportant des migrants au large de la Grèce s’est passé dans la nuit du 13 au 14 juin 2023, faisant au moins 82 morts et plusieurs centaines de disparus. Les survivants ont fait état de 500 à 750 victimes originaires d’Égypte, de Syrie et du Pakistan, dont de nombreuses femmes et enfants. Ce qui s’est passé en mer grecque s’inscrit dans une longue liste de tragédies qui se produisent constamment en Méditerranée. Selon les rapports de l’ONU, plus de 400 décès de migrants ont déjà été signalés dans la région au cours du seul premier trimestre 2023.

Malgré cela, de nombreux gouvernements de l’UE mettent en œuvre des réglementations et des lois anti-migrants. Au Royaume-Uni, de nouvelles politiques migratoires lient systématiquement les travailleurs agricoles à leurs employeurs.

Également on trouve une crise aux frontières entre les États-Unis et le Mexique a atteint des proportions alarmantes, et la situation continue de se détériorer. Depuis le 12 mai, des mesures plus strictes ont été mises en œuvre, exacerbant les difficultés rencontrées par les migrants. L’augmentation de la fréquence des expulsions vers les pays d’origine des migrants est un fait marquant. Ces mesures, qui visent à résoudre le problème complexe de l’immigration, ont des conséquences importantes pour les personnes concernées et contribuent à la gravité générale de la crise.

Dans les Caraïbes la situation est critique, notamment pour les Haïtiens qui sont les plus touchés, en particulier les femmes et les enfants. Dans le nord du Mexique, plus de 800 migrants ont disparu. La répression des migrations s’est intensifiée, transformant la frontière en un champ de bataille peuplé de militaires et de paramilitaires, tandis que les organisations humanitaires semblent souvent soumises.

Au Honduras, pays de transit pour les migrants, la situation se détériore, aggravée par la discrimination, les déplacements forcés, les enlèvements et les décès. En outre, il existe une pénible présence de répression institutionnalisée qui a été négociée avec les États-Unis. Il est très difficile pour les migrants d’obtenir un visa américain car les conditions d’obtention sont très strictes (frais de visa élevés, procédure longue et difficile).

La zone sud du Chili connaît une situation qui s’aggrave en raison de l’influence croissante des partis politiques d’ultra-droite. Cette situation a conduit à la mise en œuvre de politiques anti-migratoires et à une crise à la frontière nord avec le Pérou. Des mobilisations de migrants ont eu lieu, mais les politiques répressives se sont intensifiées. Aussi un gouvernement de centre-gauche, et d’autres partis politiques ont la capacité d’imposer des lois anti-immigration, ce qui constitue un obstacle supplémentaire.

Le Bangladesh accueille un très grand nombre de migrants rohingyas, qui sont environ 100 000 à y résider. La majorité des migrants sont des femmes et des enfants aussi. Le continent asiatique est celui qui connaît le plus grand nombre de cas de migration, dont beaucoup sont destinés à la traite des êtres humains et au travail précaire dans les grandes usines de production mondiales.

En Tunisie, suite à la mise en œuvre de politiques néolibérales au cours des 12 dernières années, ce pays a imposé des restrictions de visa à plusieurs pays africains dont le PIB (produit intérieur brut) est inférieur à celui de la Tunisie. Cette situation a créé un environnement tendu entre la population tunisienne et les migrants d’Afrique subsaharienne en matière d’emploi.

Les migrant·es subissent une exploitation sévère au travail, ce qui entraîne des conditions de vie déplorables. Pour les migrants, la Tunisie est un point de transit temporaire dans leur voyage vers l’Europe, ce qui entraîne d’énormes pertes de vies humaines. Au même temps, les pays européens font des pressions sur la Tunisie par des tactiques de chantage pour obtenir le contrôle des flux migratoires, ce qui aggrave encore la situation qui est déjà délicate.

Pour le respect des droits fondamentaux des travailleur·ses ruraux·ales. et migrant·es


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