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Colombie : Malgré les tentatives pour la dissimuler, la vérité commence à se faire.

Colombie : Malgré les tentatives pour la dissimuler, la vérité commence à se faire.

Foto: Jesus Abad Colorado

La vérité est un élément essentiel des processus de paix et de réconciliation. Son importance réside dans la nécessité de créer une mémoire collective, de lutter contre l’oubli et de garantir le droit des victimes et de la société à savoir ce qui s’est passé dans le contexte du conflit armé. Le processus de vérité, de justice et de réparation en Colombie avance petit à petit, malgré les tentatives de l’extrême droite de le ralentir.

Le point 5 de l’Accord de paix, intitulé « Accord sur les victimes du conflit », a été conçu dans le but d’assister et de rendre justice aux quelque 9 millions de victimes du conflit armé colombien.1 À cette fin, la création du Système intégral de vérité, justice, réparation et garanties de non-répétition (SIVJRNR) a été envisagée, qui vise à contribuer à la satisfaction des droits des victimes, à la clarification de la vérité, à l’obligation de rendre compte de ce qui s’est passé et à la reconnaissance des responsabilités de ceux et celles qui ont participé au conflit armé interne, entre autres.

Le SIVJRNR est composé de trois mécanismes : (i) la Commission pour l’établissement de la vérité, la coexistence et la non-répétition (CEV), (ii) la Juridiction spéciale pour la paix (JEP) et (iii) l’Unité de recherche des personnes portées disparues dans le cadre et à la suite du conflit armé (UBPD). Le travail effectué par ces mécanismes a été d’une grande importance dans le processus de recherche de la vérité et de satisfaction des droits des victimes.

Dans son rapport de responsabilité pour 2020 et le premier semestre 2021, l’UBPD indique qu’elle a récupéré 163 corps non-identifiés et a remis les corps de 109 personnes.2 Cette unité, dont le mandat est de 20 ans, a pour mission de rechercher plus de 120 000 personnes qui ont disparu pendant le conflit entre 1958 et 2016.

La JEP, quant à elle, a pris des décisions capitales cette année. En janvier, elle a attribué la responsabilité de plus de 20 000 enlèvements et du traitement inhumain des victimes pendant leur captivité à l’ancien secrétariat des FARC-EP. Par la suite, elle a rendu publique la stratégie de priorisation dans le cadre du cas 03 : Meurtres et disparitions forcées présentés comme des victimes de combat par des agents de l’Etat, connus sous le nom de “faux positifs”. La JEP a établi qu’au moins 6 402 personnes ont été tuées de manière illégitime, pour être présentées comme des victimes de combat sur l’ensemble du territoire national entre 2002 et 2008, une période au cours de laquelle 78% de la victimisation historique totale a été enregistrée3.

La Chambre d’acquittement de la SJEP a attribué des crimes de guerre et contre l’humanité à 25 généraux, officiers et sous-officiers de l’Armée à cause des « faux positifs » dans les territoires du Catatumbo et Côte des Caraïbes, 2 des 6 territoires priorisés par la Juridiction pour la première phase de l’enquête du cas.

La Commission pour l’éclaircissement de la vérité (CEV), la coexistence et la non-répétition est un mécanisme de caractère extra-judiciaire et son travail s’articule autour de quatre axes : l’éclaircissement, l’acquittement, le vivre-ensemble et la non-répétition. La Commission a comme tâche le fait d’écouter les victimes, les responsables et les témoins du conflit armé de tous les secteurs pour accomplir un récit vaste des faits expliquant un demi-siècle de guerre. Ses conclusions seront de caractère historique et seront consignées dans un rapport final à remettre à la fin de son mandat.

Le décret réglementant la CEV établit que sa période de fonctionnement sera de 3 années, lesquelles s’achèvent en novembre de 2021. En raison de ceci, les organisations sociales ont présenté une demande à la Cour Constitutionnelle afin de prolonger le mandat de la Commission avec l’argument que l’état d’urgence sanitaire causé par la COVID-19 avait limité le travail de la CEV dû à l’impossibilité de voyager dans les territoires. En fait, des 37 mois durant lesquels la commission a fonctionné, pendant 17 mois, elle a fait face au phénomène de la pandémie.

La CEV a été un forum auquel ont participé différents acteurs du conflit armé. Le 4 août, l’ancien chef paramilitaire Salvatore Mancuso et l’ancien commandant des FARC-EP Rodrigo Londoño ont comparu devant la Commission pour dire la vérité sur le conflit armé. Dans son intervention, Mancuso a affirmé : « L’Union patriotique n’a pas été exterminée par les groupes d’autodéfense, son auteur est l’État », ce qui permet de corroborer ce qui est dénoncé depuis des années : la classe politique traditionnelle a engagé des paramilitaires pour assassiner les groupes d’opposition. Il a également parlé de la stratégie de dépossession des terres au profit des politiciens et des hommes d’affaires.

L’ancien président Álvaro Uribe a également témoigné devant la CEV, mais il ne l’a pas fait dans l’intention de contribuer à la vérité ou de reconnaître une quelconque responsabilité. « Je ne reconnais pas les institutions qui émergent de La Havane », a déclaré l’ancien président, qui nie non seulement le caractère systématique des exécutions extrajudiciaires, mais aussi toute responsabilité qu’il aurait pu avoir, affirmant avoir été incité à l’erreur par ses subordonnés.

Malgré les progrès réalisés par le SIVJRNR, le parti au pouvoir a soumis un projet de loi qui éliminerait le Cadre juridique pour la paix et le crime politique de la Constitution politique.

1 Unidad de víctimas. Rapport des personnes enregistrées comme victimes en Colombie. Voir : https://www.unidadvictimas.gov.co/es/ruv/37385

2 Unidad de Búsqueda de Personas dadas por Desaparecidas. Mise à jour du rapport de responsabilité. Voir: https://ubpdbusquedadesaparecidos.co/wp-content/uploads/2021/08/UBPD_Rendicioncuentas_2020-2021.pdf

3 Jurisdicción Especial para la Paz – JEP. Communiqué 019 de 2021. Voir: https://www.jep.gov.co/Sala-de-Prensa/Paginas/La-JEP-hace-pública-la-estrategia-de-priorización-dentro-del-Caso-03,-conocido-como-el-de-falsos-positivos.aspx