#17Avril au Pays Basque : il est urgent de construire de nouveaux systèmes alimentaires

Article d’opinion d’Andoni Garcia Arrola, membre d’Ehne Bizkaia et de la Coordination Européenne de La Via Campesina.


Ce 17 avril, nous célébrons la Journée internationale des luttes paysannes. Cette année, nous allons la célébrer dans le contexte de la pandémie COVID-19 qui a clairement mis en évidence la fragilité du système néolibéral, la mondialisation et les graves conséquences qu’elle entraîne ; ainsi que les dangers d’un système alimentaire mondialisé dominé par les intérêts de l’agro-exportation. D’autre part, les citoyen·ne·s sont de plus en plus conscient·e·s de l’importance d’avoir une alimentation saine et locale qui garantit la sécurité alimentaire.

Nous assistons aujourd’hui à une grave dépendance extérieure et lointaine pour apporter des matériaux sanitaires nécessaires pour faire face à la crise. Est-il concevable que la même chose se reproduise, et que nous dépendions pour nous nourrir de denrées alimentaires venant de plus en plus loin ? Eh bien, c’est ce qui nous attend, si les décisions de politique agricole et alimentaire qui sont prises ne sont pas corrigées.

L’agriculture et l’alimentation font partie des négociations de l’OMC et des accords de libre-échange, et nous acceptons ainsi la perte de la souveraineté et de la sécurité alimentaires ; et que le contrôle de notre alimentation soit entre les mains des grandes multinationales agro-exportatrices. Ce risque très réel peut-il être acceptable ?

Il y a quelques semaines, l’UE a signé un accord de libre-échange avec le Viêt Nam, qui prévoit la suppression des droits de douane à l’entrée du riz dans l’UE et qui a de graves conséquences pour les producteurs de riz européens, qui ne pourront pas produire aux coûts et aux prix vietnamiens (31 % inférieurs), ce qui entraînera une baisse constante de la production. Une semaine plus tard, motivé par la crise du coronavirus, le Vietnam a interdit l’exportation de son riz afin assurer la sécurité alimentaire de sa population. Ici, pour l’instant, cela ne pose pas de problème au consommateur, mais selon le rapport d’Ipes Food, la Malaisie ne disposerait de riz pour sa population que pendant deux mois et demi.

Le système alimentaire mondialisé mis en place jusqu’à présent subit les conséquences de la crise et suscite des inquiétudes dans de nombreux pays du monde. Pas étonnant que le président français, M. Macron, déclare que “l’agriculture doit être en dehors des lois du marché” – quoique nous attendrons de voir si ces paroles deviennent des actes.

Les politiques néolibérales actuelles de l’UE, issues des accords de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et des traités sur le commerce et les investissements, et une politique agricole commune (PAC) adaptée à ces derniers, détruisent des milliers de petites et moyennes exploitations agricoles qui sont celles qui garantissent la sécurité alimentaire.

La réforme de la PAC pour la période 2021-2027 est actuellement en discussion et il est déjà certain qu’elle ne commencera pas à être mise en œuvre avant 2022 au moins. À son tour, la nouvelle Commission européenne a proposé le Pacte vert européen qui comprend la stratégie “de la ferme à la table” et qui vise à apporter un changement majeur dans les politiques européennes en faveur de la durabilité, en abordant le changement climatique et les objectifs de développement durable. Dans la stratégie “de la ferme à la table”, il est également proposé de s’orienter vers une agriculture et une alimentation plus saines, la réduction des pesticides, des antibiotiques dans la viande, et des processus vers l’agroécologie, etc. Ces approches peuvent être bonnes et qu’elles répondent d’une certaine manière aux demandes formulées par de nombreuses organisations à différents niveaux, mais elles ne seront crédibles ni compatibles avec la subordination actuelle des politiques européennes à la mondialisation et aux accords de libre-échange.

EHNE Bizkaia, le mouvement ETXALDE [paysan, ndlt] au Pays Basque, la COAG [Coordination des Organisations d’Agriculteurs et d’Éleveurs] au niveau national et la Coordination Européenne de la Via Campesina dénoncent la situation depuis de nombreuses années, proposant une nouvelle politique agraire et alimentaire pour garantir que des millions de paysan·ne·s en Europe puissent continuer à produire une alimentation saine et assurer la sécurité alimentaire. Il est urgent de récupérer la Souveraineté alimentaire et la capacité de nos gouvernements à décider de l’alimentation et de sa production.

Cela implique de retirer l’agriculture des négociations de l’OMC et des ALE, récupérer une politique alimentaire dont le sujet et l’objectif politique, économique et social sont des milliers et des millions de paysan·ne·s au Pays Basque et en Europe, construire avec les citoyen·ne·s des systèmes alimentaires sains, nutritifs, proches et équitables.

Cela implique une nouvelle PAC dotée d’instruments de régulation des marchés, afin de garantir des prix et des revenus équitables aux agriculteurs et aux consommateurs basques, tout en définissant et en garantissant un modèle agricole sain et durable, qui soit également résistant.

Au Pays Basque, nous proposons à nos gouvernements de reprendre la Souveraineté alimentaire et de mettre en œuvre une politique alimentaire basée sur le droit à une alimentation saine pour toute la population et aussi d’appliquer dans nos lois la Déclaration des Nations Unies sur les des Droits des Paysan·ne·s et autres personnes travaillant dans les zones rurales. Dans Euskal Herria [le Pays Basque], nos gouvernements doivent repenser les politiques agricoles et alimentaires qu’ils ont développées pendant de nombreuses années, et qui ont généré une reconversion brutale dans le secteur agricole. Il est urgent de créer de nouveaux systèmes alimentaires dans lesquels la production est orientée vers la consommation interne. Il est temps de mettre en œuvre des politiques publiques ambitieuses dans le cadre de la stratégie “de la ferme à la table”.

Ce 17 avril, à EHNE Bizkaia et La Via Campesina Europe, depuis nos champs, nos villages ou nos maisons ; avec la fierté d’être baserritarras [agriculteurs] et de défendre l’agriculture paysanne et notre engagement citoyen, nous disons haut et fort :

Vive La Lutte Paysanne !

Restez Chez Vous Mais Pas En Silence !

Andoni Garcia Arriola, membre de la direction de EHNE BIZKAIA et La Via Campesina Europe.

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