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Élections européennes 2024 : plaider pour une PAC centrée sur la Souveraineté Alimentaire et la régulation des marchés

Article initialement publié sur le site de notre organisation membre SLG Galice


Présentation aux candidats et candidates de l’analyse et des propositions élaborées par les organisations de la Coordination Européenne Via Campesina. La PAC actuelle détruit le paysannerie : 6 millions de fermes ont disparu depuis 2009 et l’âge moyen des agriculteur·rices est de 57 ans.

Au Parlement européen, se décide l’avenir de notre milieu rural, tant au niveau de la production alimentaire que des modèles de développement. Le Sindicato Labrego Galego-Comisións Labregas (SLG-CCLL) est conscient qu’il est nécessaire de transmettre à nos futurs parlementaires des mesures concrètes venant de Galice. C’est pourquoi, le vendredi 24 mai dernier, nous avons présenté aux candidats et aux médias le guide politique “Recommandations politiques d’ECVC pour les élections au Parlement européen de juin 2024 et la législature à suivre”, ainsi que l’analyse exécutive “Mettre la régulation des marchés au centre de la PAC”.

Élaborés par les organisations membres de la Coordination Européenne du mouvement paysan mondial La Via Campesina (ECVC), ces deux documents ont pour objectif de transmettre aux candidats aux prochaines élections communautaires des instructions permettant de progresser vers la souveraineté alimentaire des peuples européens.

L’économiste spécialisée en politiques agricoles au SLG-CCLL, Ana Rodríguez, et le producteur de fruits en agriculture biologique et membre de l’Exécutif national, Xosé María Villaverde, ont été chargés de présenter ce document publiquement en Galice. Dans chaque pays de l’UE, il sera transmis, en s’adaptant à la diversité des réalités productives, aux formations politiques de chaque territoire qui se présenteront aux prochaines élections européennes.

Depuis la Coordination Européenne Via Campesina, nous considérons que dans le contexte actuel de soulèvement paysan à travers toute l’Europe, où les demandes pour des prix et des marchés agricoles plus justes et de meilleures conditions de travail sont claires, les prochaines élections européennes doivent permettre à nos responsables politiques d’organiser une transition des systèmes agricoles et alimentaires vers le droit à la souveraineté alimentaire.

La Politique Agricole Commune (PAC) actuelle ne place pas les besoins des citoyen·nes au centre, mais les intérêts des entreprises. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en Europe, il y a aujourd’hui environ 9 millions d’exploitations agricoles, contre 15 millions en 2003 ; l’âge moyen des agriculteur·rices est de 57 ans.

“Nos problèmes en tant que producteurs d’aliments sont principalement liés au modèle agro-industriel, orienté vers l’exportation, qui favorise la concentration des unités de production et le remplacement des paysans par des ouvriers industriels, souvent en situation de semi-esclavage, avec une main-d’œuvre migrante précaire,” a déclaré Xosé María García. “C’est pourquoi nous voulons une transformation radicale du modèle, et pour atteindre cet objectif, le Sindicato Labrego Galego, ainsi que les autres organisations membres de la Coordination Européenne Via Campesina, proposons des politiques permettant une transition agroécologique vers la souveraineté des peuples européens et, en même temps, rendant possible le renouvellement générationnel, non seulement des fermes qui survivent encore, mais aussi permettant de récupérer la population paysanne et de démarrer de nouvelles fermes, ce qui aujourd’hui est un exploit, voire un miracle.”

Ainsi, nous articulons 21 mesures précises en sept blocs pour opérer cette transformation du modèle :

  1. Garantir des prix viables et plus d’agriculteur·rices dans l’UE. Nous avons besoin de plus de paysans pour permettre la transition vers l’agroécologie paysanne ; l’adoption de politiques publiques régulant les marchés agricoles et le contrôle de la production, redistribuer la production à plus de paysans et de zones en Europe et garantir le droit à une alimentation saine pour toute la population.
  2. Prioriser les aliments locaux et les besoins des populations plutôt que les exportations. Cela implique d’arrêter les traités de libre-échange.
  3. Maintenir une régulation stricte de tous les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), y compris les nouvelles techniques génomiques, et faire respecter les droits des paysans sur les semences.
  4. Faire de l’accès à la terre une priorité des politiques publiques pour garantir l’intégration de nouveaux agriculteurs et la santé des sols. La moitié de la surface agricole européenne est entre les mains de seulement 3 % des fermes.
  5. Changer le paradigme des politiques climatiques vers des réductions directes des émissions et une transition agricole, et éviter tout mécanisme de crédit carbone lié à la terre.
  6. Rééquilibrer la présence des exploitations d’élevage dans tous les territoires européens d’ici 2035.
  7. Inclure la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Paysans et Autres Personnes Travaillant en Zones Rurales (UNDROP) dans toutes les politiques publiques de l’UE en matière d’alimentation et d’agriculture.

Pour réaliser ce virage des politiques agricoles, un changement de paradigme concernant la régulation des marchés est indispensable.

“Le Parlement européen codécidera de la nouvelle PAC, et il semble qu’elle se concentrera sur les crédits carbone, c’est-à-dire sur la transformation de la pollution en un commerce où certains pourront acheter et d’autres vendre. Nous demandons que la prochaine politique agricole commune se concentre sur la régulation des marchés. Les subventions peuvent avoir leur fonction, mais pour obtenir des prix couvrant les coûts de production et rémunérant notre travail, ce dont nous avons besoin, c’est de la régulation du marché, où nous devrions inclure l’exclusion de l’alimentation de l’Organisation mondiale du commerce (OMC),” a affirmé Ana Rodríguez.

À travers l’étude “Mettre la régulation des marchés au centre de la PAC”, ECVC explique pourquoi la régulation des marchés agricoles est la pièce manquante nécessaire au Pacte Vert Européen et à l’Autonomie Stratégique Ouverte Européenne pour obtenir de bons résultats, et établit la feuille de route suivante :

  • Régulariser la production et la distribution des volumes agricoles par une reterritorialisation de l’agriculture.
  • Garantir des prix justes par des mécanismes de stabilisation des prix agricoles et des intrants.
  • Augmenter le pouvoir de négociation des producteurs et des productrices et réguler les marges bénéficiaires du secteur agroalimentaire et de la grande distribution.
  • Obtenir, notamment de la part de l’UE, l’abrogation de l’accord sur l’agriculture de l’OMC et l’adoption d’un nouveau cadre pour le commerce agricole international basé sur la souveraineté alimentaire.
  • Gérer les importations et les exportations de manière plus juste.

L’un des objectifs de la Politique Agricole Commune Européenne est de garantir une agriculture durable sur le territoire européen. Cependant, nous n’avons observé que peu d’améliorations au cours des 30 dernières années. En fait, nous voyons une détérioration de l’état de l’environnement, de la société et de la santé publique.

Nous proposons un changement de cap. Il faut sortir du paradigme actuel pour que la régulation des marchés et des prix des produits alimentaires et agricoles justes et stables permette de lancer une transition planifiée des systèmes alimentaires européens vers une reterritorialisation et la création de 10 millions de nouvelles fermes en Europe, condition sine qua non de la souveraineté alimentaire.

Cette souveraineté alimentaire inclut la réalisation du droit fondamental à l’alimentation, la démocratisation des systèmes alimentaires, ainsi qu’un changement de cap en faveur de la solidarité internationale. Cela doit être une nouvelle boussole pour l’Union Européenne du XXIe siècle.