Déclaration finale de la 3ème mission de solidarité de la Via Campesina en Colombie

Nous étions 20 délégué.e.s internationaux de 15 pays participant à cette troisième mission. Le but était d´observer et de suivre l´avancée de la réalisation des accords de paix en Colombie.

Avec les organisations alliées nous avons travaillé pendant 5 jours. Nous nous sommes rendu.e.s dans les départements de Tolima, Cauca et Cundinamarca. Nous y avons rencontré des organisations paysannes, afro-descendantes, des ex-combattant.e.s des FARC. Nous avons également pu nous exprimer devant les institutions de l’Etat – représentant.e.s du congrès National de la république, auprès d’ambassadeurs et d’autres acteurs.

L’esprit de la mission a toujours été guidé par l’espoir de constater une vraie construction, stable et durable, de la paix et de la défense des droits humains, conformément aux accords de paix. La réalisation des accords de paix va de pair avec la justice sociale.

Mais il n’en est rien, et les paysan.ne.s, indigènes et afro-descendant.e.s sont extrêmement préoccupé.e.s par l’absence d’action, car ce sont elles et eux les principales victimes du conflit armé à l’intérieur du pays. Force est de constater que le gouvernement colombien ne montre aucune volonté politique d’agir.

La 3ème mission de la Via Campesina observe une augmentation de la criminalisation, des persécutions, et des assassinats de leaders sociaux, d’ex-combattant.e.s et de membres de leurs familles : plus de 460 tué.e.s depuis la signature des accords de paix.

Il est évident que l’objectif de ces massacres est de briser la défense des territoires et d’empêcher la réalisation des accords.

Le premier point des accords, la réforme rurale intégrale, est au point mort, et court le risque de ne jamais se concrétiser puisqu’il ne figure pas dans le Plan de Développement rural National des 4 prochaines années!

Nous sommes très inquiets par la méconnaissance du monde paysan et la négation de leurs droits, alors que la déclaration des droits des paysannes a été approuvée par l’ONU en décembre 2018.

Nous observons avec beaucoup d’inquiétude la répression de la révolte sociale actuelle par les forces de l’ordre et les escadrons de gardes mobiles. Cette révolte est générée par des décennies d’engagements non tenus, des centaines d’accords signés avec les indigènes, paysans et afro-descendants. Elle est accentuée par la non réalisation des accords de paix.

Le droit élémentaire à la vie, à la liberté d’expression et de manifester est bafoué, violé.

Ce qui se passe aujourd’hui dans le sud occidental à la Minga sociale et populaire est une violation du cadre juridique international, répression violente d’une manifestation pacifique, provoquant des blessés et des morts,

La mission de la Via Campesina appelle le gouvernement colombien à rétablir le dialogue avec ELN, ainsi qu’avec les autres insurgés pour atteindre une paix stable et durable qui exige la reconnaissance de tous les acteurs du conflit armé.

Fidèles à notre histoire de luttes et de solidarité, et en accord avec les 3 missions réalisées en Colombie, la Via Campesina s’engage à accompagner le peuple colombien dans la construction de la paix. Nous appelons à la solidarité internationale. Nous condamnons la violation systématique des droits humains, en toute impunité, dans ce pays.

Nous nous attacherons à défendre la vie et unirons nos efforts à ceux du peuple colombien.

Le chemin est long, et sera semé d’embûches, mais nous savons que les seuls combats perdus sont ceux qui ne sont pas menés.

Fait à Bogota le 3 avril 2019

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