Changeons la politique agricole de l’Union européenne

Déclaration

(Bruxelles, 24 mai 2004) Nous, paysannes et paysans d’Europe, aujourd’hui menacés de disparition par la Politique Agricole Commune actuelle de l’Union Européenne élargie, Nous, citoyennes et citoyens européens, victimes en tant que consommateurs et contribuables des dégâts de cette politique au point de vue de la qualité des produits (industrialisation de la production agricole), de l’environnement, du bien-être des animaux (élevage industriel), de l’emploi et du monde rural (volonté de l’Union Européenne de diminuer fortement le nombre d’exploitations et concentration de la production agricole dans certaines régions), du financement (budget agricole européen réparti injustement entre exploitations, secteurs et pays),

Nous, paysannes et paysans des Etats-Unis, victimes d’une politique agricole similaire engagée dans la même course au dumping que l’Union Européenne, (la politique agricole US n’a pas de prix minimum, les prix sont déprimés, sans politique de maîtrise de la production. Nous avons besoin d’un programme de maîtrise de la production avec des prix agricoles basés sur les coûts de production pour remplacer le système actuel qui nous force à semer chaque centimètre carré en maïs ou soja pour nourrir à bas prix nos usines animales),
Nous, paysannes et paysans d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Asie, empêchés de produire notre alimentation à cause d’importations à bas prix en provenance de l’Union Européenne ou des Etats-Unis (USA) et premier groupe social à souffrir de la faim, de la pauvreté et de l’émigration forcée,

Nous, paysannes et paysans de la planète, jouets de surproductions encouragées pour faire chuter les prix agricoles, lésés par des niveaux de prix maintenus artificiellement très bas sur les marchés internationaux, et victimes de la dérégulation des marchés, aujourd’hui fonction des intérêts de firmes transnationales,
déclarons que la PAC actuelle • est déligitimée sur les plans européen et international, • détruit l’emploi dans le monde rural, • est à re-fonder sur base des besoins et des attentes des paysannes/paysans et des citoyennes/citoyens (et non ceux de la grande distribution et l’agro-industrie),
déclarons qu’une autre politique agricole européenne est possible,

déclarons qu’ensemble les paysannes/paysans et les citoyennes/citoyens pourront forcer leurs gouvernements à changer de politique agricole,

déclarons lancer aujourd’hui une campagne européenne et internationale dans ce but,
Sauvons les paysans et paysannes Sauvons notre alimentation Sauvons nos paysages Sauvons la planète ./..
Pourquoi faut-il d’urgence changer la Politique Agricole Commune (PAC) ?
L’échec des négociations de l’Organisation Mondiale du commerce (OMC) à Cancun en septembre 2003 a mis en lumière l’impasse dans laquelle s’est engagée l’Union Européenne dans la manière de réformer sa politique agricole. La PAC a besoin de retrouver crédibilité et légitimité internationale. D’ailleurs, avec la fin de la clause de paix à l’OMC, l’UE va probablement devoir faire face à une série de plaintes, qui l’obligeront à revoir la réforme de la PAC, conçue avant tout pour les négociations OMC. La PAC adoptée en juin 2003, suivie de la réforme de certains produits méditerranéens en avril 2004, contrairement aux allégations des Institutions Européennes, ne remet en cause ni le productivisme ni le dumping de l’UE. L’Union Européenne et les Etats-Unis ont simplement déplacé leur forme de soutien pour l’exportation à bas prix en remplaçant les aides à l’exportation par des paiements directs découplés (boîte verte de l’OMC). Le résultat (l’objectif) est clair :

  • approvisionnement à bas prix de l’industrie agro-alimentaire et de la grande distribution,

très forte diminution du nombre de paysan(ne)s en Europe,

  • emploi souvent de basse qualité pour les salariés des exploitations agricoles,
  • exportation d’excédents à bas prix dans les pays tiers, ce qui ruine leurs économies agricoles locales. En abandonnant les plusieurs millions de petites exploitations d’Europe Centrale, cette PAC brutale n’y amène guère de perspective économique et sociale. Sans l’avouer, l’UE prépare une dé-localisation importante de la production agricole sur d’autres continents par les firmes agro-alimentaires européennes : le processus a déjà commencé.

Changeons ses priorités :
Appliquons à l’Union Européenne le principe de souveraineté alimentaire* pour faire une PAC légitime, durable et solidaire. Il faut donc :
développer une agriculture paysanne en Europe donnant priorité à l’approvisionnement du marché interne européen,
reconnaître et maintenir le travail paysan grâce à des prix agricoles liés aux coûts de production,
maîtriser l’offre de produits agricoles,
développer des modes de production durables socialement et environnementalement,
recouvrer une meilleure autonomie européenne en alimentation animale, en particulier en protéines végétales et oléagineux,
fournir des produits de qualité et sûrs,
favoriser les marchés régionaux et la transformation locale des produits,
développer un monde rural vivant s’appuyant sur un tissu de petites et moyennes exploitations agricoles : les paysans veulent « des voisins plutôt que des hectares », sur tout le territoire de l’UE, y compris les zones défavorisées (zones de montagne ou autres),
donner la priorité à l’installation de jeunes paysannes et paysans,
remplacer la concurrence par la solidarité comme principe économique et social de l’UE à 25
négocier de nouvelles règles pour un commerce international sans aucune forme de dumping.

Les organisations signataires ci-dessous appellent les organisations paysannes du Nord et du Sud ainsi que les autres associations de la société civile à faire campagne ensemble dès maintenant pour forcer nos gouvernements et nos instances internationales à changer la politique agricole de l’Union Européenne et à engager des politiques agricoles et commerciales solidaires.
* « La souveraineté alimentaire désigne le DROIT des populations, de leurs pays ou Unions à définir leur politique agricole et alimentaire, sans dumping vis à vis des pays tiers ». (Via Campesina)
Premiers signataires
CPE* Coordination Paysanne Européenne : Belgique FUJA-Front Uni des Jeunes Agriculteurs,VAC-Vlaams Agrarisch Centrum, MAP- Mouvement d’Action Paysanne. Deutschland ABL-Arbeits-gemeinschaft bäuerliche Landwirtschaft, BDM-Bundesverband Deutscher Milchviehhalter Estado Español SLG- Sindicato Labrego Galego, EHNE- Euskal Herriko Nekazarien Elkartasuna, UAGR-Union de Agricultores y Ganaderos de Rioja, Plataforma Rural- France CONFédération Paysanne, MODEF-Confédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Familiaux- Italia ARI-Associazione Rurale Italiana, Foro Contadino- Luxemburg FLB-Fräie Lëtzebuerger Baureverband- Nederland- KLB-Kritisch Landbouw-beraad- Norge NBS-Norske Bonde og Smabrukarlag- Österreich-ÖBV-Österreichische Bergbauernvereinigung- Portugal -CNA-Confederação Nacional da Agricultura- Suisse- Uniterre, VKMB-Vereinigung zum Schutz der kleinen und mittleren Bauern- Sverige- Nordbruk- United Kingdom -FFA- Family Farmers’ Association- Magyar-MAGOSZ-Magyar Gazdakörök Es Gazdaszövetkezetek Szövetsege- Malta- ATB-Assocjazzjoni Tal-Bdiewa Europe-MIJARC-Mouvement International de Jeunesse Agricole et rurale catholique.
COAG* Coordinadora de Organizaciones de Agricultores y Ganaderos (España)
SOC* Sindicato de Obreros del Campo (Andalucia- España)
NFFC* National Family Farm Coalition (United States)
FSPI* Federation of Peasant Union of Indonesia
MST* Movimiento Sem Terra (Brasil)
VIA CAMPESINA
ROPPA Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs de l’Afrique de l’Ouest
Platform ABC (Nederland) : NMV-Dutch Dairyfarmers Union, NAJK-Dutch Agrarian Youngsters, NAV-Dutch Arable farmers Union, WLA-Workinggroup on Agriculture and poverty, Point of support for National Female Farmers Concerns, Foundation Hands off milkleasing, KLB- Critical Agriculture Council, Association on Organic Agriculture and Nutrition.
* = member of Via Campesina

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