Ariculture et luttes paysannes en Afrique: Le Président du ROPPA accuse les dirigeants

S’il y a une intervention qui a marqué et suscité beaucoup de commentaires des participants, lors de la Vè conférence Internationale de la Via Campesina , c’est bien celle du président d’honneur du Réseau d’Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), M. Mamadou Sissoko, l’un des pères fondateurs de la Via Campesina-Afrique .

Ainsi,  contrairement aux autres intervenants qui pensent que les seuls ennemis des paysans sont les multinationales, le président du ROPPA a -dans son exposé sur le thème “Agriculture et luttes paysannes en Afrique” -pointé un doigt accusateur sur les dirigeants africains qui selon lui, sont les principaux fossoyeurs de l’agriculture et des luttes paysannes en Afrique.

Pour rappel historique, le président du ROPPA a fait savoir que l’Afrique Noire a été sujet et objet de la construction de l’Occident, par la gratuité des richesses que ses peuples ont produites pour cette grande économie du Sud. Comment gère-t-on ce qui appartient à tout le monde ? C’est la question que les dirigeans africains doivent se poser, selon Mamadou Sissoko.

Les vérités du président du ROPPA

A l’avènement des indépendances en Afrique, 90% des cadres qui ont pris le pouvoir étaient des fils de paysans ; mais ils ont trahi leurs peuples pour construire une bourgeoisie, a-t-il encore rappelé. “C’est pourquoi on ne doit pas être surpris de voir ce qui se passe aujourd’hui, et ce qui va se passer encore dans le temps“, a-t-il ajouté.

Comment comprendre que la Guinée de Sékou Touré, qui était une référence en Afrique, ait donné, comme résultat, un pouvoir dictatorial qui a bloqué et exploité le peuple ? Comment comprendre que le Zimbabwe, qui a été le levier de l’indépendance, soit aujourd’hui  plongé dans une crise sans précédent ? Telles sont, entre autres, les questions que le Président du ROPPA s’est posées, avant de fustiger l’administration politique des activités rurales.

A l’en croire, pendant 20 ans, les paysans ont produit de la richesse que les politiques ont détournées pour aller construire des villes qui ne produisent pas. Donc, il y a eu le peuple par la richesse de la majorité par la minorité. A cela s’ajoute la liberté des marchés aux importations, donc la perte de l’espoir en milieu rural.

Qui est donc responsable du retard qu’accuse les paysans africains ? Et Mamadou Sissoko, de répondre : “Certainement pas les multinationales, non ! Les multinationales sont venues après. La première faute, c’est la trahison des dirigeants africains. Après, ce sont les paysans eux-mêmes qui n’ont pas compris que leur survie dépend en grande partie de leur responsabilité, et qu’ils doivent se mobiliser pour dire non. Et les multinationales, d’aggraver la traîne”.

Tous ces facteurs, joints aux calamités naturelles et aux fameux endettements, ne sont-ils pas  à la base de l’organisation des paysans ? En tout cas, le président du ROPPA ne dira pas le contraire, car selon lui, les choses ont beaucoup changé aujourd’hui, avec la création de nombreuses organisations paysannes. A cet effet, “les paysans doivent s’organiser à partir de ce qu’ils savent et de ce qu’ils peuvent“, a-t-il indiqué.

Toujours selon lui, il faut que les paysans comprennent que leurs reférences ne viendront pas d’ailleurs, et que les fondements de la lutte en Afrique doivent provenir des valeurs et de l’histoire de leur peuple. C’est avec ce combat de solidarité que l’Afrique aura sa place dans l’histoire du mouvement paysan. “C’est d’ailleurs pourquoi le mouvement paysan africain est parti sur la base de l’exploitation familiale, qui est le coeur de référence de la force“, s’est-il réjoui.

Et  le président du ROPPA, de marteler “Nous sommes en train de créer aujourd’hui le Réseau des Paysans pour qu’avec d’autres organisations, nous puissions mettre l’Europe devant ses responsabilités, dans les accords de Cotonou”. Et de conclure : “Nos ennemis ne sont pas les multinationales ; nos ennemis, ce sont nos députés, nos chefs d’Etat qui se sont accaparés d’autant de richesse que les colons… Pour preuve, les dirigeants africains ont des milliards dans les banques en Occident”.

Evaluation de la participation africaine

Selon le président de la Coordination Nationale des Organisations Paysannes du Mali (CNOP), M. Ibrahima Coulibaly, la participation africaine dans la Via Campesina a connu une évolution positive, lors de cette Vè conférence à Maputo. Et pour cause : lors de la Vè conférence au Brésil il y a quatre ans, l’Afrique était représentée par seulement trois organisations membres.

Aujourd’hui, c’est douze organisations africaines qui sont membres de la Via Campesina. C’est ce qui a surtout motivé la répartition de l’Afrique en deux régions : une première dont le siège se trouve à Maputo, et une deuxième dont le siège sera basé au Mali.

Ce qui est aussi important, c’est que cette Vè conférence Internationale de la Via Campesina au Mozambique ait été l’occasion, pour les participants africains, de renforcer leurs capacités, notamment par rapport à l’analyse de la situation actuelle des crises (alimentaire, financière et énergétique), fera savoir M. Ibrahima Coulibaly.

Moussa TOURE, envoyé spécial à Maputo

Par Moussa Touré, Le Soir (Mali)

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