#8Mars2021 : Les actions de solidarité mondiales exigent l’égalité de propriété des terres, la reconnaissance du travail des femmes et un monde sans violence.

Dans le monde entier, autour du 8 mars 2021, les mouvements de paysan⋅ne⋅s et indigènes ont mené des actions de solidarité pour marquer la Journée internationale de lutte pour les droits de la femme

La Via Campesina a lancé un appel à tous ses membres dans le monde en soulignant que pour vaincre le virus du patriarcat et du capitalisme, nous avions besoin du vaccin du féminisme et de la solidarité. Cette année encore, les pasteurs, les paysan⋅ne⋅s, les pêcheur⋅se⋅s, les travailleur⋅se⋅s agricoles, les indigènes et les sans-terre des organisations membres de la Via Campesina ont répondu positivement à cet appel à la solidarité. Ils ont organisé des foires paysannes présentant la diversité de la production alimentaire et le travail des femmes et des personnes d’identités diverses dans les fermes et au sein des mouvements sociaux ruraux. Plusieurs actions de solidarité qui ont eu lieu ont souligné le besoin urgent de souveraineté alimentaire pour répondre positivement à la crise que l’humanité traverse actuellement. Les paysan⋅ne⋅s ont également souligné que la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysan⋅ne⋅s adoptée en 2018 était un outil crucial pour garantir les droits et la justice de genre dans les communautés rurales et urbaines.

Avec des marches colorées, des sit-in, des dons de nourriture, des forums, des réunions et même des dons de sang, les femmes ont montré l’importance du féminisme dans la lutte contre le patriarcat et le capitalisme. Nous partageons un résumé des actions menées par nos organisations membres dans différents territoires du monde.

AFRIQUE

Les membres de la région Afrique australe et orientale de La Via Campesina ont organisé des ateliers au niveau local dans 5 pays. Ces événements ont rassemblé des centaines de femmes pour tenir des dialogues sur le féminisme paysan et la lutte des femmes pour la souveraineté alimentaire.

Tanzanie, Mviwata

Lors de la Journée internationale pour le droit des femmes 2021, les membres de MVIWATA des régions de Ruvuma, Mtwara et Shinyanga ont organisé des événements pour célébrer cette journée spéciale. Outre les célébrations, MVIWATA a également organisé une discussion en ligne avec des participants de diverses institutions, dont Pan-Africanism Today (PAT), Kenyan Peasants League (KPL), et des étudiants de l’Université agricole de Sokoine (SUA), afin de partager des expériences et d’échanger des connaissances sur les actions d’émancipation des femmes dans le monde. Les discussions ont été diffusées en direct par la station de radio MVIWATA (FM 106.7 MHz).

Afrique du Sud, Mouvement populaire des sans-terre

En Afrique du Sud, les femmes du Landless People’s Movement se sont jointes à d’autres femmes (du West Coast Food Sovereignty and Solidarity Forum, SAFSC, 1000 women, Ubuntu Rural Wen and Youth Movement) pour célébrer la Journée internationale pour le droit des femmes. Elles ont organisé les actions à Lutzville, West Coast, Afrique du Sud.

Kenya, KPL

Le collectif de femmes de la Ligue des paysans du Kenya (KPL WC) a organisé des réunions dans trois territoires (Mwende Munyanyau, Mariwa et Kangemi) pour célébrer la Journée internationale pour le droit des femmes. Les sessions ont été suivies par des femmes de neuf communautés de la KPL et se sont concentrées sur le plaidoyer pour la fin de l’inégalité entre les sexes. Les discussions ont également porté sur l’étude de cas en cours sur les droits fonciers communaux des femmes et les effets du microcrédit sur les femmes.

Ouganda, ESAFF

ESAFF Ouganda a organisé des dialogues communautaires pour les femmes dans les districts d’Iganga, de Manafwa et d’Adjumani. 94 femmes rurales se sont réunies pour souligner le rôle essentiel des femmes rurales, célébrer les réalisations, mettre en évidence les obstacles et discuter de nouvelles actions pour le changement. Les résultats de ces dialogues sont publiés en anglais ici.

ASIE

Indonésie

Dans le sud et l’ouest de Sumatra, l’aile féminine de Serikat Petani Indonesia a organisé des réunions avec les femmes de la communauté pour discuter du contexte agricole du pays et de l’impact du conflit agraire sur les femmes rurales. Elles ont également élaboré un plan d’action pour donner de la visibilité à la contribution des femmes sur les fermes et au sein de l’organisation SPI.

Thaïlande

Des agricultrices de la Fédération des paysans du Nord se sont jointes aux travailleurs et aux militants qui manifestaient pour défendre les droits des femmes. Elles ont également protesté contre les prix élevés des denrées alimentaires et demandé des amendements à la Constitution pour protéger les droits des femmes. L’Assemblée des pauvres a également pris part aux actions qui ont marqué cette journée.

Japon

La Fédération des agriculteurs du Japon a déploré la baisse du prix d’achat du riz. Ils ont dénoncé les tentatives du gouvernement de mettre en œuvre une réduction annuelle de la production, alors même que les importations se poursuivent. Dans une vidéo publiée à l’occasion de la Journée internationale de la femme, ils ont demandé au gouvernement de distribuer les stocks excédentaires aux parents célibataires et aux étudiant⋅e⋅s qui ont besoin d’un soutien en phase de pandémie.

Sri Lanka

Des femmes issues de familles paysannes et rurales se sont mobilisées pour dénoncer les pratiques d’exploitation des sociétés de micro-finance. Les manifestations ont mis en lumière une crise de l’endettement sans fin dans les villages du pays.

Inde

Des milliers de femmes se sont jointes aux manifestations d’agriculteur⋅rice⋅s dans la banlieue de Delhi, lundi, à l’occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes, pour demander l’abrogation des nouvelles lois ouvrant les marchés de produits agricoles aux acheteurs privés.

Pakistan

Les femmes ont organisé plusieurs marches et rassemblements dans tout le pays. Au cours de la pandémie, le Pakistan a connu une forte augmentation des cas de violence domestique, ainsi qu’une charge accrue de travail domestique et de soins imposée aux femmes qui travaillent.

Malaisie

Les femmes du Mouvement des peuples indigènes de Bornéo (PANGGAU) se sont réunies pour discuter de leur situation agricole. Ils ont également préparé et vendu des gâteaux de lune afin de collecter des fonds pour des activités et des événements dans les communautés.

Corée du Sud

L’association coréenne des femmes paysannes a fait écho à l’appel international à la solidarité de La Via Campesina et a adapté les affiches de mobilisation dans les langues locales.

AMERIQUES

Brésil

Les organisations membres de LVC au Brésil ont mené une série d’actions du 7 au 14 mars. Elles ont célébré le rôle des femmes dans la lutte pour la vie et la terre et ont dénoncé les tendances autoritaires du gouvernement en place. Elles ont exigé la fin de toutes les formes de violence fondée sur le genre. Les femmes, à travers différentes actions, ont également demandé la vaccination de toute la population et une aide d’urgence !

Pendant la pandémie, les inégalités de classe, de race et de genre se sont encore creusées. La tragédie humanitaire est allée bien au-delà du virus et des décès : avec l’augmentation de la pauvreté et l’accroissement du nombre de sans-abri. On a également constaté une augmentation du temps de travail des femmes et de leur dépendance économique. Les femmes qui ont participé à plusieurs des actions et réunions organisées dans tout le Brésil ont mis en évidence cet aspect du travail de soin qui s’est multiplié pendant la pandémie. Des actions de solidarité ont eu lieu dans 17 États et dans le district fédéral. L’un des membres, MPA, a organisé la première “Culture de la résistance” de 2021, avec de la musique et des spectacles qui ont rappelé le rôle des femmes dans les sociétés.

Honduras

Cinq ans après le féminicide de Berta Caceres, les mobilisations ont exigé “la justice pour Berta, Keyla, Margarita et toutes les personnes assassinées au Honduras”. De 2005 à 2020, le Honduras a signalé au moins 6 405 meurtres de femmes et fémicides. Les manifestations ont pointé du doigt cette réalité alarmante et souligné que le système juridique a largement échoué à rendre justice aux survivantes et aux victimes de violences domestiques. Rien qu’en 2020, la ligne 911 a enregistré 102 063 appels et 1 972 signalements de violences.

Argentine

Des femmes de MOCASE ont inauguré la Maison des femmes de la campagne et de la ville à Monte Quemado, au nord de Santiago del Estero.

Guatemala

Les organisations paysannes Conavigua et CUC ont demandé la fin de la criminalisation des femmes qui défendent des droits humains et la justice pour toutes les filles, garçons et femmes victimes d’enlèvement, de viol et de meurtre. Elles se sont également souvenues des grands-mères qui ont lutté tout au long de l’histoire pour réclamer l’égalité des droits.

Nicaragua

Les paysannes membres de l’ATC ont exigé la mise en œuvre de la loi pour la création d’un fonds pour l’achat de terres avec équité de genre pour les femmes rurales afin de continuer à transformer les inégalités dans l’accès à l’utilisation et à la propriété des terres. Ils ont également soutenu les actions de plaidoyer de la Table ronde nationale pour la ratification de la Convention 190 de l’OIT et de sa recommandation 206 sur la violence et le harcèlement dans le monde du travail.

Chili

L’organisation paysanne ANAMURI s’est associée à d’autres organisations féministes et a organisé des marches et des réunions pour marquer la Journée de la lutte pour les droits des femmes. Les politiques économiques de l’administration Pinera ont fait l’objet de nombreuses critiques, et les femmes participantes ont appelé à la fin de cette mauvaise gestion. Les organisations ont également organisé un forum intitulé “Luttes et résistance pour la souveraineté alimentaire”.

Amérique du Sud

Via Campesina Amérique du Sud et l’Assemblée des femmes de la CLOC ont réuni près de cent participantes des différentes organisations de la région pour une réunion en ligne le 5 mars.

USA

Des dizaines de femmes ont manifesté, le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes, pour exprimer leur rejet de toutes les formes de violence à l’encontre des femmes frontalières et migrantes dans cette région binationale. Les participantes ont souligné l’augmentation de la violence domestique vécue pendant la COVID-19 et la violence à laquelle sont confrontées les travailleuses paysannes et les femmes migrantes dans les fermes et autres espaces de travail. Aux États-Unis, près de 3 millions de femmes ont été évincées du marché du travail, ce qui affecte de manière disproportionnée les femmes non blanches déjà touchées par l’inégalité des salaires.

EUROPE:

Espagne

À l’occasion de la Journée internationale pour le droit des femmes, les départements des femmes de la COAG et la Confédération des femmes rurales (CERES) ont souligné qu’il est plus difficile pour les exploitations agricoles appartenant à des femmes d’accéder aux aides agricoles. Selon les données publiées par le Fonds espagnol de garantie agricole (FEGA), seules 27,5 % des exploitations agricoles dirigées par des femmes bénéficient des aides de la PAC. Les femmes ne reçoivent que 27,5 % des aides directes et 26,34 % des aides au développement rural. Pour toutes ces raisons, pour promouvoir l’activité agricole, la COAG et le CERES estiment qu’il est essentiel d’analyser ces deux programmes avec une perspective de genre.

Pendant ce temps, les agricultrices du Sindicato Labrego Galego, SLG, ont rejoint une grève. En termes d’égalité, la situation n’a fait que se dégrader pour les paysannes, disent-elles. “Nous sommes toujours le facteur invisible qui fait vivre le monde rural avec notre travail dans les fermes, avec nos soins aux personnes âgées et aux enfants. Cependant, la plupart d’entre nous ne voient toujours pas cette contribution reconnue par l’acquisition d’une compensation ou de droits comme la plupart des travailleurs”.

Portugal

L’Association des femmes agricoles et rurales portugaises – MARP – membre de la CNA a réaffirmé que le droit de produire des aliments de qualité, nécessite le maintien de prix couvrant les coûts de production. Elles ont appelé à soutenir les marchés et les foires paysannes, lieux privilégiés pour la vente des produits agricoles. La CNA a également souligné le rôle des femmes dans la production alimentaire, l’agriculture familiale et les soins, tout en déplorant le manque de visibilité, de division du travail ou de reconnaissance de leurs fonctions.

France,
La Confédération Paysanne a exprimé sa solidarité avec toutes les femmes du monde et a déclaré qu’elle continuera à se battre jusqu’à ce que les femmes travaillant dans les exploitations agricoles obtiennent un statut digne de ce nom et cessent d’être traitées comme des citoyen⋅ne⋅s de seconde zone.

Roumanie

Notre membre ECORURALIS a traduit l’affiche du 8 mars proposée par LVC pour la diffuser et l’inclure dans sa campagne de sensibilisation aux droits des femmes en milieu rural. Ecoruralis a profité de l’occasion pour créer un poster qui fait connaître l’article 4 de la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysan⋅ne⋅s et des autres personnes vivant en milieu rural. Cet article mentionne les droits des femmes rurales.

Suisse

Notre organisation Uniterre a dénoncé le manque de reconnaissance des agricultrices dans les exploitations agricoles et a souligné la difficulté d’accéder à un salaire et à une protection sociale pour le travail qu’elles effectuent souvent gratuitement.

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