Procès-verbal de la réunion des femmes de la Vía Campesina du 18 au 21 octobre 2006 – Galice

18-19 octobre: Séminaire sur le féminisme

Introduction
Nous organisons cette rencontre essentiellement dans le but d'apprécier le sens du concept d’égalité, du point de vue féministe et par des femmes qui ont des professions agricoles. C’est ce que nous exigeons et proposons publiquement au niveau mondial afin que cette égalité devienne une réalité.

Des femmes du monde entier affiliées à la Vía Campesina et des féministes y participeront et y exposeront la pensée féministe autour de laquelle cet événement se déroulera. Les deux premiers jours seront consacrés à la formation féministe, étant ainsi une manière d’aborder le sujet en se basant sur des faits réels, ainsi qu’à l’avancée du féminisme par la lutte pour une égalité réelle. Les derniers jours seront consacrés au débat sur les liens de coopération pour avancer dans la lutte pour les droits des femmes. 

Intervention de la camarade Juana Ferrer

Nous autres les femmes, ayant mené toute une vie de lutte et de résistance paysanne, avons enduré beaucoup de sacrifices, mais nous avons aussi obtenu des succès et une grande satisfaction au sein du mouvement. Ce qui a révélé que la définition des  tâches des femmes au sein de la VC, dans le respect de la parité des genres, a été une réussite.
La rencontre sur l’égalité des genres en République dominicaine en août de l’an dernier, a marqué un tournant important dans le développement et la consolidation, convertissant une commission sur l’égalité des genres en commission internationale des femmes de la Vía Campesina, sans que les hommes ne comprennent la raison de ce changement.
Des freins persistent à la participation et l’intégration des femmes, tant au sein des organisations, que dans les espaces, les prises de décisions, l’engagement politique, les différentes sphères. Outre les pas importants effectués, notre participation n’est pas encore reconnue dans la lutte pour l’obtention d’une véritable égalité, ni dans celle contre le modèle de politique néolibéral, détruisant nos vies, l’agriculture et accélérant l’émigration vers d’autres pays ou plutôt le délogement forcé de nos terres.
De cette rencontre unissant femmes rurales et féministes, sera produit un agenda de lutte et de résistance que nous payons par des violences à la fois domestique, étatique et sociale et nous coûtant la vie. Les manières de vaincre ces difficultés parmi d’autres, proviendront de l’agenda à développer pendant ces quatre jours.     

Intervention de Fabiola Sotelo, Directrice générale de la Coopération Extérieure de la Junte de Galice

La discrimination est vécue de la même manière dans différents pays,  surtout en terme de participation et d’intégration des femmes. Cependant, la capacité de lutte des femmes persiste. Il faut rendre honneur à la femme travailleuse qui crée des richesses et fait preuve d’assurance dans la résolution de crises, au niveau de l’éducation, la culture, la santé.
Dans la lutte contre la pauvreté, l’un des objectifs du millénaire est de discuter de la façon de percevoir l’égalité et l’équité entre les femmes et les hommes. La tâche consistera à appuyer ce concept et surveiller la situation de discrimination et de violence contre les femmes.

Intervention de Carme Adán, secrétaire géneral de l’égalité du gouvernement de Galice

Depuis août 2005, les femmes ont obligé les gouvernements à prendre en considération leurs requêtes dans les politiques adoptées et elles ont réussi à créer un secrétariat pour l’égalité des femmes.
Nous devons réaliser une stratégie globale pour obtenir l’égalité :
Education (campagne pour un langage et des jouets non sexistes, formation des professeurs, moyens de communication, combat contre les stéréotypes traditionnels de la fille fragile et du garçon fort, promotion des participations féministes).

Participation sociale des femmes dans tous les milieux : en tant que productrices, politiciennes, dans les associations et dans le milieu du travail.
•    Au niveau politique : Les femmes doivent participer au niveau politique et social et représenter un modèle pour les plus jeunes. Quotas et lois de parité.
•    Au niveau associatif : de tous types (culturel, syndical, mouvement de femmes paysannes)
•    Emploi : La femme peut se libérer en ayant un emploi, ce qui est une condition indispensable pour être indépendante. Il existe un problème d’accès à l’emploi et de promotion des femmes au travail. Il faut encourager l’engagement des entreprises à maintenir l’égalité des opportunités. Accès aux crédits.
Les politiques d’égalité doivent être transversales.

Intervention de Maria Xose Agra ; Qu’est-ce que le féminisme ?

Le féminisme est un mouvement, une théorie et une politique experte, une théorie internationale de politique publique.
L’un des objectifs du féminisme est de promouvoir le développement de sa propre pensée et de connaître la femme dans l’idée de lui permettre d’avancer vers l’émancipation  en tant qu’être humain.
Le degré d’inégalité l’empêche de se rendre compte de la situation d’oppression, de violence et de marginalité dans laquelle elle vit.
Le féminisme est perçu de manière négative, comme un acronyme qui serait intemporel. On s’accorde à penser qu’il n’existe aucune inégalité, alors qu’elle est bel et bien réelle (la pauvreté par exemple).

Trois courants :
•    La révolution française (déclaration des droits des hommes excluant les femmes)
•    Le mouvement des suffragistes : en faveur des droits politiques et du suffrage universel. Nouvelles formes de lutte pacifique.
•    Le mouvement de libération des femmes des années soixante, après la seconde guerre mondiale..

Le féminisme n’est pas une lutte contre la nature, mais une lutte contre la  structure. Elle est un mouvement combinant la pensée et la pratique. Nous avons besoin de cadres de référence pour pouvoir penser et agir. La pensée unique n’existe pas car nous partons d’expériences propres.
Le féminisme est une question, non une réponse. Comment nous définissons-nous ? Sommes-nous définies par d’autres ?
Le problème n’est pas la différence, mais la subordination. Il n’est pas bon de ne pas s’interroger sur la cause de cette inégalité. C’est justement une question qui devrait servir à en finir avec ces marques d’inégalité.
L’égalité est relationnelle et non comparative. Il ne s’agit pas d’être supérieure ou inférieure à l’homme ; il s’agit d’être semblable en tant qu’être humain.
Les droits des femmes sont des droits humains.

Deux principes politiques de la pensée féministe ;
•    Aucune personne ou action ne devrait être conditionnée ou forcée en milieu privé (violence)
•    Aucune pratique sociale ne devrait être exclue par des à priori ; la neutralité doit au contraire prôner.

Nous devons essayer de nous entendre sur un agenda politique commun qui traite de la pauvreté, de la violence, du droit, de l’égalité, de la solidarité afin d’en finir avec l’oppression illimitée ; il doit refléter la force de ce mouvement résistant, sa lutte contre l’inégalité, l’oppression et la marginalité, nous conduisant ainsi à nous regrouper et lutter pour être traitées en tant qu’égales.

Présentation des groupes de travail portant sur la définition du féminisme

En résumé, il a été exprimé que le terme de féminisme signifie la défense des droits des femmes. Cela ne représente pas une volonté des femmes d’avoir plus de pouvoir que les hommes. C’est une notion tout à fait différente, qui signifie la solidarité entre les femmes ; c’est un moyen de récupérer de l’amour-propre.
Les inégalités entre hommes et femmes sont flagrantes au niveau du travail, de  l’éducation, des salaires, de la pauvreté, de l’accès à la terre, de la reconnaissance du travail, de l’accès aux moyens de communication, de l’accès au pouvoir et des tâches domestiques. Certaines lois garantissent l’égalité, mais elles ne sont pas mises en pratique. L’inégalité est en partie due à la situation économique qui est largement responsable de la limitation des droits des femmes.