“On veut que les gens se sentent fiers de nourrir la population!”

Entretien avec Papis, jeune paysan du Sénégal.

L’assemblée des jeunes en photos ici.

(Jakarta, 7 Juin 2013) Aujourd’hui a commencé la III Assemblée de Jeunes dans le cadre de la VI Conférence Internationale de La Via Campesina, qui se déroule à Jakarta, en Indonésie. Après deux jours intenses de rencontres des femmes, ce sont aujourd’hui des jeunes gens du monde entier qui peuplent les couloirs de la conférence pour discuter et partager leurs expériences en tant que jeunes agriculteurs et agricultrices. Leurs luttes, leurs réalisations, leurs échecs, leurs nouvelles idées sont présentées en plénière et en groupes de travail mis en place pour l’occasion.

Papis est venu du Sénégal à Jakarta en Indonésie pour participer à la sixième Conférence internationale de La Via Campesina et se joindre à l’ensemble des jeunes agriculteurs. Il fait parti de l’Association des Aviculteurs de Dakar (AAD). Il habite dans un village près de Dakar, au Sénégal, il est paysan et a consacré sa vie à la terre et à l’aviculture. Papis est jeune et plein d’énergie, après deux ans de vie en Italie et un an au Portugal il décide de retourner au Sénégal pour mettre en place une initiative, dont aujourd’hui il se sent fier et heureux.

Tu peux m’expliquer la situation des jeunes paysans au Sénégal…

La situation actuelle dans notre pays c’est que les jeunes agriculteurs ont honte de dire qu’ils sont agriculteurs. Le problème c’est que l’agriculture n’est pas perçue comme un métier valorisant. C’est la raison pour laquelle nous, en tant que paysans du Sénégal, notre premier objectif est de travailler pour la revalorisation de l’identité paysanne. Il faut que les paysans et les paysannes soient fiers de ce qu’ils font.

A l’aéroport de Dakar, en venant ici à Jakarta, quand on m’a donné un formulaire à remplir, pour ma profession j’ai mis “paysan”. Quand la police a regardé, il m’a dit “paysan?”, parce qu’il trouvait que c’était bizarre de voir un paysan voyager. Parfois quand tu dis que tu es paysan, les gens te prennent de haut. Le gens pensent qu’un paysan c’est quelqu’un qui porte des habits déchirés et qui ne doit pas voyager.

Explique moi un peu ton métier…

J’ai ma propre exploitation familiale. J’ai fait de l’aviculture, j’élève des poulets, je produis un million d’œufs par an et plus de 24.000 poulets, je fais aussi du maraîchage. En tout, je fais partie de ceux qui nourrissent le Sénégal, donc c’est une grande fierté pour moi. C’est important de se sentir fier de nourrir sa population !

Avant cela, j’ai immigré en Europe. J’étais deux ans en l’Italie et un an au Portugal, puis à la fin, j’ai décidé volontairement de retourner au Sénégal pour faire de l’aviculture et de l’agriculture. Je gagne moins que ce que je gagnais en Europe, mais au moins, je suis libre de faire tout ce que je veux.

Qu’est-ce qui est le plus intéressant dans l’Assemblée de jeunes, à ton avis ?

C’est nécessaire de réunir les gens, et je pense que maintenant il faut travailler avec l’objectif de 2014, qui est l’année de l’agriculture familiale. Nous devons faire de 2014 l’année de la jeunesse paysanne, pour que les autres puissent s’intéresser à l’agriculture. Aujourd’hui je dis que nous faisons le métier le plus noble du monde, parce que nous nourrissons la population, il faut que les gens soient conscients de cela.

Equipe de communication de la Via Campesina

 

Cet article est disponible en