FAO – Le temps des palabres a assez duré : mettons en oeuvre la souveraineté alimentaire !

COMMUNIQUE DE PRESSE

(Jakarta, 9 novembre 2009) Près de 40 paysans de 25 pays du monde, membres du mouvement paysan international La Via Campesina, se réuniront à Rome à l’occasion du Sommet mondial de la FAO sur la sécurité alimentaire et le Forum de la société civile du 13 au 18 novembre. « Le temps des palabres a assez duré », a déclaré Nettie Wiebe, une paysanne canadienne, dirigeante du mouvement. « Si le monde veut vraiment éradiquer la faim, il n’y a pas beaucoup d’options. Nous devons soutenir et encourager les paysans à produire des aliments pour les populations locales de façon durable. La véritable solution à la crise alimentaire passe par une reprise du contrôle des moyens de production alimentaire tels que la terre, les semences, l’eau et les marchés locaux par les paysans et les paysannes, et non par les multinationales».

Même si le monde produit suffisamment pour nourrir tous ses habitants, le nombre de personnes souffrant de la faim a atteint un milliard cette année pour la première fois dans l’histoire de l’humanité – et 80% des personnes souffrant de la faim sont des paysans, des paysannes, des paysans déplacés ou des travailleurs agricoles. Pour bien trop de familles dans le monde, la faim n’est pas un chiffre, c’est une cruelle réalité.

Comme par ironie, cette crise alimentaire sans précédent a fait naître des initiatives qui vont dans le sens des politiques qui ont provoqué la catastrophe actuelle. C’est le cas du Partenariat mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire et du Fonds spécial pour la sécurité alimentaire de la Banque mondiale, soutenu par le G20. Ils financent le développement de technologies telles que celles de la « révolution verte » qui ne font qu’accroître la dépendance des paysans face au marché et détruisent les sols. Ces initiatives renforcent les politiques de libre-échange et fonctionnent main dans la main avec l’agro-industrie.

Certes les grandes entreprises n’ont aucun intérêt à sauver le monde de la faim. Elles se concentrent sur l’augmentation de leurs parts de marché et de leurs marges bénéficiaires. Ce qui s’est passé lors de crise des prix alimentaires en 2007 est très instructif : les entreprises du secteur agro-industriel ont fait des bénéfices faramineux(1), pendant que des millions de personnes basculaient dans la faim et la pauvreté. Aujourd’hui les terres agricoles sont devenues un investissement lucratif et les entreprises mettent la main sur d’énormes parcelles de terre dans le monde, expulsant les paysans, afin de produire des aliments destinés à l’exportation ou des agrocarburants.

Au Sommet de la FAO à Rome, La Via Campesina défendra la nécessité d’une nouvelle gouvernance pour l’alimentation et l’agriculture afin de résoudre la crise alimentaire ainsi que l’actuelle crise du climat. Les politiques alimentaires ne doivent pas être laissées entre les mains du « club des donateurs » et des institutions financières. Un système de gouvernance démocratique, à l’image de celui évoqué au sein du Comité de la sécurité alimentaire mondiale de la FAO, doit être mis sur pied immédiatement pour garantir aux pays et aux peuples du monde le droit à mettre en oeuvre la souveraineté alimentaire. La souveraineté alimentaire est le droit des populations et des nations à définir leurs propres politiques alimentaires et à promouvoir des systèmes d’alimentation locaux, respectueux des moyens de subsistance des populations, des cultures et de l’environnement.

« Nous allons servir des produits bio produits localement lors du Forum de la société civile à Rome. Chaque jour, nous fournissons également 150 000 repas scolaires bio dans toute l'Italie », a annoncé Andrea Ferrante, de l'Association italienne pour l'agriculture bio (AIAB), une organisation membre de La Via Campesina. Selon lui, « la souveraineté alimentaire commence chaque jour, à chaque repas. Elle existe déjà localement dans de nombreux endroits et avec de la volonté politique, elle peut s'étendre à l'ensemble du monde et résoudre la crise alimentaire actuelle ».

 (1) Cargill par exemple, le plus grand négociant en grains du monde, a connu une hausse de ses bénéfices de près de 70% en 2007 – une hausse de 157% depuis 2006. (http://www.grain.org/seedling/?id=592)

Programme pour les Médias

  • Participation au Forum sur la souveraineté alimentaire des peuples (voir les activités du forum pour les médias) : http://peoplesforum2009.foodsovereignty.org/

  • 16 novembre : Action et conférence de presse : « Les paysans et les mouvements sociaux disent non à l'accaparement des terres! » (organisation : Grain et La Via Campesina) 10h00 : « Coin de la souveraineté alimentaire » – Tente devant le bâtiment de la FAO.

  • 18 novembre : conférence de presse finale de La Via Campesina
    13h30 : « Coin de la souveraineté alimentaire » – Tente devant le bâtiment de la FAO

Informations médias et interviews avec les paysans

Annelies Schorpion:
Téléphone : +32474847280 (jusqu’au 11 novembre) et +39 3312861096 (du 12 au 18 novembre)
Mail : a.schorpion@eurovia.org
idelforge@viacampesina.org

Pour en savoir plus : www.viacampesina.org

La Via Campesina est un mouvement international rassemblant des millions de paysans, de petits producteurs, de sans-terre, de femmes rurales et de travailleurs agricoles du monde entier. Notre mouvement est composé de 148 organisations actives dans 69 pays d’Asie, d’Afrique, d’Europe, et des Amériques.

Cette publication est également disponible en %s.