Evaluation du gouvernement Lula sur l’agriculture paysanne et la réforme agraire

Voici une rapide description des nombreuses et diverses mesures prises tout au long du mandat.
I-    MESURES QUI REPRESENTENT UNE AVANCEE ET UN PROGRES POUR L’AGRICULTURE PAYSANNE AU BRESIL

1.    Mise en place de l’assurance rurale. Cette assurance couvre aujourd’hui aussi le travail, et garantit le revenu de l’agriculteur en cas de préjudices causés par la nature. Mais elle n’est pas encore universelle. L’agriculteur doit avoir des emprunts contractés auprès des banques pour avoir accès à cette assurance. Par conséquent, sur les 5 millions de familles paysannes, environ 1,2 million seulement ont accès à l’assurance.

2.    Le volume de crédit rural mis à disposition des petits agriculteurs a augmenté, à travers le programme PRONAF [Programme national de renforcement de l’agriculture familiale]. Il est passé de 3 à 8 milliards de réais par an (actuellement, cela serait équivalent à 4 milliards de dollars).
3.    Le programme « électricité pour tous », qui est en train permettre l’accès à l’énergie électrique de manière subventionnée à presque toutes les familles qui vivent en milieu rural. Seules les familles qui habitent très loin dans le nord du pays ne devraient pas pouvoir en profiter. Toutes les autres en bénéficieront.
4.    Elargissement du programme de construction et d’amélioration de l’habitat pour les agriculteurs.
5.    Le gouvernement n’a pas réprimé les mouvements sociaux, bien que la répression soit faite par  les polices militaires, au service des gouvernements des différents états. Et dans le cas de la Police fédérale, elle a réprimé, par contre, les mouvements indigènes dans plusieurs états.
6.    Augmentation des ressources pour les programmes d’éducation en milieu rural (PRONERA, Programme national d’éducation pour la réforme agraire).
7.    Démarcation du territoire indigène historique, Raposa do Sol, dans l’état de Roraima.
8.    Programme du Biodiesel, qui prévoit l’addition de 2% d’huile d’origine végétale dans l’huile diesel, et ouvre des portes pour que l’agriculture paysanne produise l’huile végétale.
9.    Augmentation des ressources pour l’assistance technique dans les assentamentos, mais cette assistance n’est pas encore universelle ni publique, puisqu’elle priorise les conventions passées avec des entités, au lieu de démocratiser l’ATER publique. [Assistance technique et extension rurale]
10.    Appui, bien qu’encore timide, et en deçà des besoins, au programme d’installation de citernes (récupération familiale de l’eau) dans le Nordeste semi-aride.

 
II-  MESURES QUI REPRESENTENT DES DEFAITES POUR L’AGRICULTURE PAYSANNE ET LES MOUVEMENTS SOCIAUX AU BRESIL

1.    L’autorisation de la plantation et commercialisation de soja transgénique, par une mesure provisoire passant outre tout le processus d’études environnementales. Et l’actuelle inaction face au renouveau de la contrebande de semences transgéniques interdites, de coton et de maïs.
2.    Elaboration de la loi de biosécurité, qui n’a pas pris en compte les revendications des paysans et des environnementalistes.
3.    Le non contrôle de l’application de la loi qui oblige toutes les industries à indiquer sur l’étiquette si un produit contient plus de 1% d’OGM. Ce sont plus de 8 millions de tonnes de soja transgénique qui ont été commercialisées sur le marché interne, et cela n’a été mentionné sur aucune étiquette.
4.    Maintien de la loi Kandir, qui exempte d’impôts (l’ICMS, qui varie de 17 à 25% du montant) toutes les exportations de produits agricoles. Et représente un subside et une incitation à l’agrobusiness exportateur.
5.    Maintien de l’appui des banques officielles au crédit rural de l’agrobusiness, qui est passé de 20 à 42 milliards de réais par an (soit 21 milliards de dollars lors de la dernière récolte), ainsi qu’aux dix plus grandes entreprises transnationales qui travaillent dans l’agro-industrie, et qui à elles seules ont obtenu autour de 8 milliards de réais de crédit des banques officielles (soit 4 milliards de dollars).
6.    Appui par le crédit de la BNDES [Banque nationale de développement économique et social] pour l’installation de fabriques de cellulose et pour des plantations homogènes d’eucalyptus.
7.    Non mise en œuvre de l’engagement pris d’installer prioritairement les familles acampadas (qui vivent dans des campements)
8.    Non mise en œuvre d’un vaste programme de réforme agraire qui, de fait, signifierait s’attaquer à la concentration de la propriété de la terre et donnerait une réponse à des milliers de familles sans terre.
9.    Non actualisation des indices mesurant la productivité des grandes propriétés à des fins d’expropriation, indices qui datent de 1975. Le gouvernement s’était engagé à le faire en quelques semaines, et pour cela il suffirait d’un décret administratif.
10.    Approbation de la loi qui transfère aux municipalités la collecte de l’impôt sur la propriété de la terre, et le dissocie ainsi du processus de réforme agraire.
11.    Maintien de la politique orientée par la Banque mondiale, de programmes de la banque de la terre ou de crédit foncier, où le paysan achète la terre à vue et doit à la banque.
12.    Le gouvernement n’a pas mobilisé sa base parlementaire pour approuver la loi permettant d’exproprier les fazendas qui utilisent le travail esclave.
13.    Il n’a pas mobilisé sa base parlementaire majoritaire pour empêcher la CPMI (Commission parlementaire mixte d’enquête) de la terre, et pour empêcher l’approbation du rapport final qui considère l’occupation de terres comme un crime abject.
14.    Il n’a pris aucune initiative pour faire pression sur et articuler le pouvoir judiciaire, pour juger et punir les responsables des massacres en milieu rural, tels que Corumbiara (1995), Carajas (1996), Felisburgo (2004).
15.    Face à l’inaction du gouvernement à donner une preuve claire de combat contre la violence en milieu rural et contre ses responsables – le latifundio, la Police militaire de certains états et l’agrobusiness -, le résultat en est, malheureusement, l’augmentation de la violence dans les campagnes.
16.    Le gouvernement n’a pris aucune mesure parlementaire ou administrative pour faire retirer des lois ou des mesures prises par des gouvernements antérieurs, qui empêchent ou portent atteinte au processus de réforme agraire.
17.    Non démarcation de plusieurs territoires indigènes historiques, de diverses ethnies, notamment les Xavantes (dans le Mato Grosso), Guaranis (dans le Mato Grosso do Sul) et Pataxós (Bahia).
18.    L’incitation et la priorité donnée à l’agrobusiness « moderne » ont fait augmenter le chômage à la campagne. On estime que plus de 300 mille familles vivant en milieu rural ont perdu leur emploi au cours des dernières récoltes.
19.    Le gouvernement n’a eu aucun contrôle sur l’avancée de la plantation de soja et de coton vers des zones de l’Amazonie et du cerrado, qui peuvent avoir de graves conséquences environnementales dans le futur.
20.    Le gouvernement a pris l’initiative de créer une loi permettant l’utilisation de forêts nationales dans des zones publiques pour que des entreprises exploitent le bois.
21.    Non respect de la promesse de doubler le pouvoir d’achat du salaire minimum en quatre ans, qui l’élèverait à 566 réais par mois (et non 350 comme actuellement), ce qui représenterait une vaste politique de redistribution de revenu pour les populations qui vivent en milieu rural et dépendent du salaire minimum, tels que les travailleurs ruraux salariés et les retraités.
22.    Le maintien de la politique de partenariat avec des compagnies étrangères pour la construction d’entreprises d’hydroélectricité, qui ne respectent pas les droits des populations vivant sur les berges des fleuves affectés par ces constructions et qui exigent une terre pour une terre.
23.    Le gouvernement n’a pas eu le courage d’intervenir sur le marché du lait, contrôlé par quelques entreprises transnationales (comme Nestlé, Danone, Parmalat), et approvisionné par les milliers de petits agriculteurs. Le prix du lait a chuté de 50% en quelques mois.
24.    Il n’a pas mis en place, contrairement à ses promesses, un vaste programme d’installation d’agro-industries en coopératives pour les paysans.
25.    La position défendue par le gouvernement brésilien lors de la dernière réunion de l’OMC à Hong Kong n’a représenté que les intérêts de l’agrobusiness, et non des paysans.
26.    La position défendue par le gouvernement brésilien au sommet de Montréal a empêché que la commercialisation au niveau international de produits transgéniques en fasse mention obligatoirement sur l’étiquette, agissant ainsi dans les intérêts des entreprises transnationales qui opèrent dans ce secteur.
27.    Répression des radios communautaires, qui bénéficient les communautés rurales.
28.    La politique officielle de recherche développée par la EMBRAPA (Entreprise brésilienne de recherche en agriculture et élevage) continue à donner la priorité aux intérêts des grandes propriétés et de l’agrobusiness.
29.    Le maintien de la politique économique néolibérale rend impossible l’amélioration du revenu pour les petits agriculteurs, ne stimule pas le marché interne, ne redistribue pas le revenu parmi la population brésilienne, fait diminuer ainsi la consommation d’aliments, et diminue les ressources publiques pour la réforme agraire et l’agriculture paysanne.

Porto Alegre, le 6 mars 2006

Movimento dos Pequenos agricultores (Mouvement des petits agriculteurs)- MPA

Movimento dos trabalhadores rurais sem terra (Mouvement des travailleurs ruraux sans terre)- MST

Movimento dos atingidos por Barragens (Mouvement des personnes atteintes par les barrages)- MAB

Movimento das mulheres camponesas (Mouvements des femmes paysannes)- MMC

Comissão Pastoral da Terra (Commission pastorale de la terre)- CPT

Associação Brasileira de reforma agrária (Association brésilienne de réforme agraire)- ABRA

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