De la IVème Assemblée des jeunes de la Via Campesina: il n’y a pas d’avenir sans terre pour les jeunes paysannes et paysans!

(Derio, 19 Juillet 2017) La jeunesse paysanne incarne l’avenir de notre monde en lutte. Les jeunes paysannes et paysans de toute la planète se battent et entrent en solidarité avec les jeunes d’autres mouvements sociaux pour récupérer leurs droits. Leurs droits comme paysan-ne-s et comme êtres humains, leurs droits aux communs et en particulier à la terre. Une centaine de représentants de la jeunesse paysanne mondiale s’est retrouvée, les 16 et 17 juillet, à Derio, au Pays Basque, à l’occasion de la IVème assemblée des jeunes de La Via Campesina. Parmi toutes les thématiques évoquées par l’assemblée – qui suivent les principales luttes de l’organisation – l’accès à la terre est ressorti comme le défi majeur pour les jeunes d’aujourd’hui. Sans terre il n’y a pas de paysans. Et sans paysan on ne mange pas. Dans de nombreuses régions du globe la population agricole est vieillissante, pour nourrir la planète il est donc urgent que la jeunesse paysanne se saisisse de ses droits.

Partout, la jeunesse est expulsée de ses modes de production historiques, qu’il s’agisse d’agriculture, de pêche ou d’élevage. Si les problèmes et les luttes prennent des visages différents en Afrique ou en Europe, en Asie ou en Amérique, tous sont structurels et systémiques, inhérents au capitalisme avancé. Le néolibéralisme incarné par les transnationales – et par les accords de libre-échange qui les servent – continuent à véhiculer le mensonge de la désuétude de ces modes de vie traditionnels, vidant ainsi les campagnes pour créer de la main d’œuvre bon marché en zone urbaine. Les voix des jeunes se sont élevées contre ce mythe et ont mis en lumière les diverses armes du capitalisme pour les affaiblir, les appauvrir et les criminaliser ainsi que les opportunités et les solutions à développer pour parvenir à la souveraineté alimentaire.

Au fil des débats et discussions, grâce aux récits de chacune et chacun, l’assemblée des jeunes, et en particulier le groupe de travail « Accès à la terre et droits paysans », a approfondi la différence et les spécificités des problématiques de l’accès à la terre d’un côté, et du droit à la terre de l’autre.

En effet, dans certains pays, c’est parce que leurs droits sont bafoués ou inexistants que les paysannes et paysans ne peuvent pas accéder à la terre ou ne peuvent pas y rester en sécurité. C’est le cas en Thaïlande, où les militaires au pouvoir peuvent expulser à tout moment les paysans de leur terre. Par ailleurs, toute forme de protestation y est interdite. La criminalisation des militants pour la terre ou l’environnement s’aggrave également en Amérique centrale, le délégué de la région Amérique centrale, de l’organisation CNTC (Central Nacional de Trabajadores del Campo) explique qu’au «Honduras, où l’assassinat de Berta Caceres reste impuni, près de 5’000 personnes sont actuellement poursuivies, car le militantisme pour le droit à la terre est considéré comme du terrorisme.» En Palestine, les terres productives sont toujours saisies par les colons israéliens, quand elles n’ont pas été détruites par les armes chimiques. Plus généralement, en Afrique, en Asie et en Amérique latine, de nombreux pays n’ont pas – encore – connu de réforme agraire, le droit à la terre des peuples qui la cultive n’y est pas reconnu et les terres sont aux mains de l’état ou des multinationales. C’est pourquoi le processus de reconnaissance à l’ONU de la Déclaration sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales, doit rester une priorité pour la jeunesse de La Via Campesina.

Dans d’autres régions, l’accès à la terre est mis en péril par le capitalisme financier. En Europe et en Amérique du nord en particulier, les jeunes qui désirent cultiver la terre et ne sont pas issus de familles d’agriculteurs n’ont pas les moyens d’acquérir du terrain. Par exemple, comme le raconte un militant du SOC-SAT « en Andalousie, 66% des terres sont aux mains de 6% de propriétaires. Et après la bulle immobilière les banques ont acheté énormément de terrains, faisant monter les prix du foncier en flèche et rendant ainsi l’accès à la terre encore plus difficile. » A Porto Rico – un pays fortement dépendant des Etats-Unis – Monsanto a acheté les meilleures terres à l’état, au même prix que ceux pratiqués pour les paysans, et a touché des subsides de l’état au passage. Au Royaume-Uni, on assiste à une forte concentration des terres, le seul moyen d’y accéder pour les jeunes est la location, qui ne présente de fait pas la même sécurité et durabilité pour eux. C’est le cas également en Suisse, la jeune secrétaire syndicale d’Uniterre raconte que dans ce petit pays, les déjà rares terres agricoles sont constamment grignotées par les gros propriétaires terriens, qui s’enrichissent de manière exponentielle, les subsides étant toujours attribués à l’hectare. Là-bas aussi les néo-ruraux qui veulent entrer en agriculture doivent acheter la terre aux prix du marché, soit près d’un million d’euros pour une ferme.

Les jeunes paysannes et paysans occidentaux ont tout de même rapporté avec enthousiasme les dynamiques de repaysannisation, qu’elles passent par la location de terre, l’agriculture urbaine ou des projets collectifs. Le rapport à l’Etat et ses institutions a également été discuté. Des exemples positifs existent, comme la réforme agraire racontée par un délégué du Salvador, où depuis 2012 des terres ont été redistribuées aux paysans qui n’y avaient pas accès, et en priorité aux jeunes ! En Indonésie, les militants sont parvenus à faire passer certaines lois défendant leurs droits. Quelque soit le niveau de cooptation ou de corruption des états, il est nécessaire que la jeunesse occupe tous les espaces possibles. Que ceux-ci soient ouverts – dans les processus de consultations publiques des Institutions Européennes ou des Nations unies par exemple – ou qu’ils doivent lutter pour y être entendus. De nombreux exemples d’occupation de terres ont été présentés, du Brésil à la Tunisie, en passant par l’Espagne. Ces occupations constituent une partie de la solution. Il a par ailleurs été rappelé que La Via Campesina est aussi un projet de désobéissance. Un jeune paysan sans terre du Québéc a insisté sur le fait que « nous n’avons pas à mendier quoi que ce soit auprès de nos états. Nous devons nous emparer du pouvoir afin d’obtenir ce que nous voulons !»

Equipe de communication de la Via Campesina

Cet article est disponible en