Duque persiste à mettre fin au programme national de remplacement des cultures illicites

Photo : Caracol Radio

La mise en œuvre du PNIS (Programme national intégré de substitution des cultures illicites) est prévue au point 4 de l’accord final. Cependant, elle se heurte à de graves difficultés sous l’administration d’Iván Duque pour différentes raisons, notamment le gouvernement actuel a décidé de donner la priorité aux opérations d’éradication forcée même si l’accord priorise les ententes de substitution volontaire des cultures illicites en stipulant que les activités d’éradication forcée ne devront se dérouler que si d’autres solutions n’ont pas abouties. Cette attitude du gouvernement a engendré une situation humanitaire difficile dans différents territoires du pays, privant les communautés paysannes de leurs moyens de subsistance, entraînant des cas de déplacement forcé et l’assassinat de paysans aux mains des forces publiques.

La Mission humanitaire pour la vie et la paix dans les plaines orientales, une initiative des communautés pour rendre visible et dénoncer ce qui se passe dans les territoires, dénonce que les militaires qui mènent des opérations d’éradication forcée dévastent également les cultures vivrières de la population, brûlent les maisons, détruisent les réservoirs d’eau et menacent même les femmes de violences sexuelles. Cependant, ces violations des droits de l’homme n’ont pas eu autant d’échos dans les médias que celles qui se produisent dans le cadre d’affrontements entre les militaires et les communautés qui protestent pour la cessation des opérations d’éradication forcée et la mise en place de tables de dialogue et de consultation.

Les opérations d’éradication forcée sont devenues le théâtre de multiples violations du droit humanitaire international, notamment la destruction de biens, les violences sexuelles et les attaques contre la population, entraînant l’assassinat de paysans par des militaires en raison de leur usage excessif de la force. Face aux protestations pacifiques des paysan⋅ne⋅s, la réaction de l’armée se limite à des attaques avec armes à feu contre la population non armée ; l’institution militaire justifie généralement les actions des soldats en alléguant que la population les attaque ou que des groupes armés illégaux incitent les communautés à s’opposer à l’armée.

Le gouvernement a été amplement dénoncé parce qu’il ne fournit pas les garanties de sécurité et de protection aux dirigeant⋅e⋅s sociaux impliqué⋅e⋅s dans le PNIS et pire encore, il persiste à nier la systématisation des assassinats, un fait évident lorsque des fonctionnaires du gouvernement affirment que « les dirigeants de la substitution des cultures illicites n’ont pas été assassinés »[1]. Les conditions de sécurité requises ne sont pas assurées non plus aux communautés qui procèdent à l’éradication volontaire des cultures illicites, malgré les menaces dont elles font l’objet de la part de groupes armés illégaux qui s’opposent aux activités d’éradication.

C’est le cas des communautés autochtones vivant dans la réserve d’Urada Jiguamiandó, dans le département du Chocó, que des groupes paramilitaires harcèlent afin de mettre un terme aux opérations manuelles d’éradication de la coca. Le 19 juillet, treize hommes armés sont entrés dans la réserve à la recherche des gouverneurs autochtones qui appuient l’éradication de la feuille de coca. Ils ont menacé de mort le gouverneur local de la communauté autochtone, en lui disant « Si vous les arrachez, nous vous tuerons ». Les communautés ont demandé une réunion avec la Force publique pour activer les garanties de protection, mais les commandants militaires n’ont pas répondu à l’appel et ne se sont pas présentés à la réunion. Au 29 juillet, le grand conseil local n’avait toujours pas reçu de réponse des autorités.

En ligne avec la politique de Duque, le ministre de la Défense a annoncé le 17 juillet la reprise des activités d’épandage de glyphosate sur les cultures illicites. En 2019, la Cour constitutionnelle avait ordonné au gouvernement de suspendre la pulvérisation jusqu’à ce que soient satisfaites les exigences relatives à la prévention et à la réduction des risques pour l’environnement et la santé humaine ; cependant, le ministre soutient que « le débat porte non pas sur le glyphosate, mais bien sur la lutte contre le narcotrafic » et il assure qu’il procède dans le respect des paramètres stipulés par la Cour.[2]

Les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre du PNIS ne sont pas seulement liées aux conditions de sécurité, mais aussi au fait que le gouvernement n’est pas disposé à financer le maintien du programme. Selon les prévisions sur la mise en œuvre, à la fin 2019, les projets productifs promis aux familles qui avaient conclu des accords de remplacement devaient être en place. Mais à ce jour, seulement 0,88 % de ces familles ont reçu l’appui pour leurs projets productifs, mais aucuns fonds ne sont disponibles pour les projets des autres familles.

Selon les données du PNIS, il faudrait 2,3 milliards de pesos à l’échelle nationale pour respecter tous les paiements et projets productifs, ce qui représente un total de 36 millions de pesos pour chacune des 99 097 familles qui ont signé un accord avec le gouvernement Santos. Le gouvernement actuel maintient que le programme est trop coûteux. Il ne conclura donc plus d’accords de remplacement et se limitera aux familles déjà liées au programme dans la mesure où des ressources sont encore disponibles. Cependant, il est clair que Duque n’a pas l’intention de financer le programme : l’Agence de renouvellement territorial a demandé au ministère des Finances 2,1 milliards pour l’année 2020, mais a obtenu seulement 1,3 milliard.

Le gouvernement Duque vise à éradiquer les 130 000 hectares de sites non couverts par le PNIS, un programme qui ne couvre que 50 000 des 154 000 hectares de coca plantés dans le pays. Le programme « Hecho à medida » [Fait sur mesure] constitue l’une des stratégies pour atteindre cet objectif; c’est une initiative qui ne favorise pas les projets de production familiale et réduit l’aide financière de l’État.

Le programme « Hecho a la medida » vise à appuyer les familles qui ne sont pas incluses dans le PNIS et qui ont l’intention de substituer la coca volontairement. Elles peuvent accéder à des projets productifs avec l’aide des gouvernements national et local, des syndicats et de la coopération internationale. Selon ce modèle, les ressources ne proviendront pas directement du gouvernement, comme c’était prévu dans le PNIS. Au lieu d’appuyer les projets familiaux, ce programme devra impliquer des communautés plus larges afin d’obtenir plus facilement des ressources et améliorer leur compétitivité sur le marché. Ainsi, le gouvernement entend encourager l’investissement privé au détriment de la promotion de l’économie paysanne, familiale et communautaire.


[1]                      El Espectador (24 janvier 2020) « Líderes de sustitución de cultivos no han sido asesinados: director del programa de sustitución ». [Les dirigeants de la substitution des cultures n’ont pas été assassinés, selon le directeur du programme de substitution] Voir :https://www.elespectador.com/colombia2020/pais/lideres-de-sustitucion-de-cultivos-no-han-sido-asesinados-director-del-programa-de-sustitucion-articulo-901193

[2]                      Vanguardia (17 juillet 2020) Policía iniciará aspersión terrestre con glifosato en el Catatumbo.[La police commencera l’aspersion terrestre de glyphosate dans le Catatumbo] https://www.vanguardia.com/colombia/policia-iniciara-aspersion-terrestre-con-glifosato-en-el-catatumbo-JE2644856

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