#17Avril en Suède : La crise du Coronavirus nuit à celles et ceux qui nous nourrissent

Article collectif, auquel a contribué Nordbruk, membre de La Via Campesina, soulignant la fragilité et le manque de préparation en Suède et ailleurs dans le monde pour garantir un approvisionnement en nourriture dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Dans le cadre des célébrations du 17 avril, l’article comprend des revendications relatives à l’UNDROP.

Afin d’assurer la production et la disponibilité des aliments, nous devons repenser notre approche. Le système alimentaire actuel n’est pas durable sur le plan environnemental et social. Les seuls gagnants sont les entreprises multinationales.

Nous avons plutôt besoin d’un système alimentaire basé sur des méthodes durables qui place le droit des personnes à une alimentation saine au centre et qui protège celles et ceux qui nous fournissent de la nourriture contre la violence et la faim.

À la lumière de Covid-19, il devient évident que nous vivons dans un monde interconnecté et vulnérable. Cela s’applique également au système mondial de production alimentaire.

Au début des années 1990, les agriculteurs suédois produisaient 90 % de la nourriture du pays. Aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 50 %. Si l’on tient compte des importations d’aliments pour animaux, l’autosuffisance de la Suède est de 25 %. Cela signifie que seule une bouchée sur quatre est constituée d’aliments produits en Suède.

Dans une parution sur SVT News, Jennie Nilsson, ministre suédoise des affaires rurales, a répondu que ce n’est pas un problème tant que la chaîne de transport n’est pas rompue.

Les petit·e·s agriculteur·trice·s du monde entier représentent environ 70 % de la production alimentaire mondiale, mais utilisent moins de 25 % des terres et de l’eau, tandis que l’agriculture industrielle produit 30 % de notre nourriture mais contrôle 70 % des terres.

Aujourd’hui, le 17 avril, Journée internationale des luttes paysannes, nous voulons prêter attention aux personnes qui nous nourrissent. Nous voulons souligner la violence et la vulnérabilité auxquelles les petits exploitants agricoles du monde entier sont exposés en raison de l’expansion de l’agriculture industrielle et du commerce croissant des terres et des ressources naturelles.

L’industrie agricole et alimentaire est le secteur où la plupart des défenseurs des droits de humains et des environnementalistes sont assassinés dans le monde.

Ici, la Suède est directement complice. La faible production alimentaire en Suède signifie une pression accrue sur les terres et les autres ressources dans d’autres parties du monde. Les investissements des fonds de pension de l’État (AP) dans les terres au Brésil contribuent aussi directement à la dégradation de l’environnement et au déplacement des populations rurales.

L’ONU avertit maintenant que la pandémie va accroître la faim dans le monde. Avant même la pandémie, 810 millions de personnes souffraient de la faim. Environ 80 % d’entre elles vivent dans des zones rurales où la production alimentaire constitue la principale source de revenus.

L’Assemblée des femmes rurales d’Afrique australe (RWA) a souligné qu’il n’existe aucune stratégie pour inclure les produits des petit·e·s producteur·trice·s dans la chaîne d’approvisionnement dans les mesures de gestion de la pandémie.

Les marchés locaux ont été contraints de fermer, tandis que ceux qui sont contrôlés par de grandes entreprises alimentaires industrielles sont considérés comme socialement importants et restent ouverts.

La pandémie nous montre que les petit·e·s exploitant·e·s agricoles sont plus importants que jamais pour garantir l’accès à la nourriture dans différentes parties du monde.

Nos organisations partenaires travaillent avec l’agriculture agroécologique pour résister à cette crise et à d’autres telles que la crise climatique.

Afin de réduire la propagation du Covid-19, les petits agriculteurs d’Argentine et du Brésil ont organisé des livraisons à domicile de denrées alimentaires agroécologiques à des prix raisonnables. Mais la majorité des petits exploitants agricoles du monde ne sont pas protégés contre la violence et n’ont pas de droits sur la terre, les semences, l’eau et les autres ressources naturelles.

C’est pourquoi le mouvement mondial des petits exploitants agricoles La Via Campesina, en collaboration avec ses alliés, a longuement travaillé sur une déclaration des Nations unies sur les droits des paysan·ne·s et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP), qui a été adoptée en 2018.

La Suède a été l’un des 8 pays qui ont voté contre. Cependant, 121 pays, pour la plupart du Sud, ont soutenu la déclaration.

Afin d’assurer la production et la disponibilité de nourriture au niveau mondial, il faut un changement. Grâce à l’agriculture et à la sylviculture agroécologiques, nous pouvons créer une préparation alimentaire pour les crises futures.

Nous demandons au gouvernement suédois d’adopter une stratégie alimentaire avec une gestion des catastrophes pour l’avenir basée sur la durabilité et la diversité alimentaire.

Nous exigeons que le gouvernement suédois reconsidère sa position antérieure sur la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysan·ne·s afin de garantir la sécurité alimentaire, une alimentation saine et de protéger les personnes contre la violence, les menaces et l’oppression.

Cet article a été préparé conjointement par

  • le réseau Makten över maten/Power over Food
  • Eva Jonsson, membre du conseil d’administration de Nordbruk-Vía Campesina
  • Mikael Sundström, président de Jordens Vänner
  • Klara Knapp, présidente de Latinamerikagrupperna
  • Louise Lindfors, secrétaire générale d’Afrikagrupperna
  • Hanna Dahlström, responsable de FIAN Sverige
  • Josefin Winberg, porte-parole de Framtidsjorden.

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