17 avril : rituel coréen traditionnel appelé “Gosa (고사)”

(Séoul, 17 avril 2018) Le comité de coordination international (CCI) de la Via Campesina a célébré ce matin, le 17 avril, journée internationale des luttes paysannes en prenant par à un rituel coréen traditionnel appelé “Gosa (고사)” . Il s’agit d’un moment de recueillement adressé aux esprits de la Terre, du Ciel et de l’Univers pour le bien-être des personnes qui participent à événement très important. A l’occasion du 17 avril, ce rituel a pris un sens particulier car les membres de la CCI ont exprimé leur gratitude envers leurs camarades paysans et paysannes décédés au cours des luttes passées. Federico Pacheco, de la Coordination européenne Via Campesina s’est exprimé en ces termes : “Aujourd’hui, c’est le 17 avril, la journée internationale de la lutte paysanne. À une époque où nous souffrons tant de répression, d’intolérance et d’accaparements de nos ressources, en Europe, nous continuons à cultiver notre résistance, à conserver et multiplier nos graines. Nous fabriquons notre huile et cultivons notre nourriture. Aujourd’hui, nous remercions nos ancêtres, nos pères et mères, pour leur résistance et pour nous avoir appris à prendre soin de la terre, à cultiver la vie et à lutter pour un monde meilleur”.
Pour célébrer cette journée très spéciale pour notre mouvement, Elizabeth Mpofu a rendu hommage à tous ” nos camarades qui ont été massacrés, tués et sont en prison à cause de leurs implications dans des luttes paysannes. Peu importe la race, la couleur ou l’âge, nous ne faisons qu’un. Nous sommes des leaders de différents pays et régions, mais ce qui nous rassemble, ce sont ces luttes pour les droits des paysans et pour la souveraineté alimentaire”.
Jaime de Amorin du Brésil a ensuite fait un rappel des circonstances dans lequel le massacre du 17 avril 1996 avait eu lieu. « Cela fait 22 ans que nous avons défini ce jour fondamental pour la Via Campesina qu’est la journée internationale pour protester contre la répression à l’égard des paysans et des paysannes partout dans le monde. En 1996, Le MST fêtait ses 12 ans. C’était encore un mouvement jeune à l’époque mais qui avait déjà l’expérience des luttes pour le réforme agraire. Il s’était crée dans les derniers jours de la dictature militaire qui a duré jusqu’en 1990 et dans un contexte où l’union nationale des propriétaires terriens voulait combattre ceux et celles qui occupaient la terre. Dans le monde à ce moment là aussi, débutait la montée du néolibéralisme qui permettait l’ouverture des marchés. Au Brésil le néolibéralisme est arrivé un peu plus tard. En 1994, a eu lieu l’élection d’un président qui a fait les premiers ajustements structurels pour appliquer les politiques néolibérales. Il devient président de la république mais il n’avait aucun programme sur la réforme agraire bien que cela était un sujet très important alors au Brésil. Les années précédentes de nombreuses luttes avaient déjà eu lieu mais le gouvernement n’avait rien fait pour la réforme agraire. Déjà au début de l’année 1996, 9 personnes qui militaient pour la mise en place de la réforme agraire avaient été assassinées. La police et des mercenaires étaient impliqués dans ce massacre ; Le gouvernement a tenté de cacher cela. Au Brésil, il est de tradition d’organiser des marches en avril pour la réforme agraire. Dans le Nord du Brésil, une grande occupation avait commencé avec plus de 1000 familles qui avaient monté un campement. Le 17 avril 1996, ils faisaient une marche d’une ville à l’autre. Le gouvernement de l’état du Para avait la ferme résolution d’empêcher ces personnes de continuer leur marche et ce, bien qu’elle était autorisée. La police a bloqué la marche et 19 personnes sont mortes. Il y a eu aussi des centaines de blessés et aujourd’hui dans les rues de Eldorado dos Carajás, on rencontre encore des personnes mutilées ou amputées, qui sont un souvenir vivant de ce massacre. Chaque année au mois d’avril, nous déclarons ce jour comme journée nationale pour la réforme agraire. Chaque année, nous sommes en lutte au Brésil dans tous les états ruraux du Brésil, il y a des événements, des marches de commémoration. Et à l’endroit du massacre depuis 5 ou 6 ans, un campement avec des jeunes et des activités sont organisées. Le jour de la réforme agraire s’est transformé après ce massacre en journée des luttes paysannes. Le gouvernement brésilien de l’époque était considéré notamment en Europe comme un gouvernement social démocrate progressiste et le président était bien considéré par les intellectuels. Avec le massacre du 17 avril 1996 et la portée mondiale que cette journée a prise, le MST a pu faire prendre conscience de l’importance de la lutte pour la réforme agraire et de la violence à l’égard des paysans et des paysannes. Il faut dire qu’encore aujourd’hui, 1% des propriétaires terriens possèdent plus de 48% des bonnes terres ».
Enfin, les 4 membres de la CCI de différentes parties du monde, Jaime de Amorin du Brésil, Alazne Intxauspe du Pays Basque, Mrs Kim Jeongyeol de Corée du Sud et Elizabeth Mpofu du Mozambique ont lu le communiqué de presse préparé pour le 17 avril.