Convention sur la Diversité Biologique: Paysannes et paysans demandent la fin de la commercialisation de la biodiversité, les semences OGM et la biologie synthétique

La Via Campesina – Communiqué de presse

(Hyderabad, le 11 octobre 2012) Alors que les leaders du monde entier se rassemblent à Hyderabad en Inde, pour la 11ème Conférence des Parties à la Convention des Nations Unies sur la Diversité Biologique (CDB), pour discuter des moyens d’endiguer l’appauvrissement rapide de la Diversité Biologique, La Via Campesina (LVC) mouvement paysan international, affirme qu’au lieu de protéger la biodiversité, les discussions de la CDB dégénèrent et s'orientent vers une discussion sur la privatisation et la commercialisation de la biodiversité. Cette progression vise à doter les grandes entreprises du contrôle de la biodiversité à des fins commerciales, au détriment des paysannes et paysans, des pêcheurs et des populations indigènes qui la protègent et en prennent soin.

La CDB traite aussi de technologies à risque et/ou non-testées, comme par exemple de nouveaux types de biologie synthétique, d' OGM et de géo-ingénierie. « Ils essaient de créer des formes de vie qui n’existent pas dans la nature ou de favoriser des projets à très grande échelle comme la fertilisation des océans pour séquestrer du carbone, ce qui porte atteinte à la faune et la flore marines. Il n’y a aucune institution qui contrôle ces évolutions douteuses et nous ne pouvons en prévoir les risques. Ces solutions technologiques ne résolvent pas nos problèmes environnementaux. Elles ne font qu’aggraver les choses. » Déclare Marciano Toledo, membre de La Via Campesina Brésil.

La Via Campesina exige une supervision étroite de l’industrie engagée dans la bio-piraterie. « Ils volent notre biodiversité locale pour la breveter et la commercialiser dans un but lucratif. Il faut mettre fin au brevetage de la nature. En Inde, Mahyco, une filiale de Monsanto a volé nos variétés indigènes de brinjal (aubergine) pour produire son brinjal Bt. L’autorité Indienne de la Biodiversité, fait ce qu’il faut aujourd’hui, en entreprenant une action en justice contre eux», a dit KV Basavraj de Karnataka Rajya Sangha (KRRS), un mouvement de paysans du Karnataka.

Les paysannes et les paysans subissent le coût de la privatisation de la biodiversité et du modèle commercial de monoculture. D’une part cela fait peser sur eux un poids économique injustifié qui mène à une augmentation des coûts de production et à l'endettement. « L’épidémie de suicides des paysans en Inde est directement liée au coton OGM et à la privatisation, ainsi qu’à l’augmentation des coûts de production. C’est une tentative pour éliminer nos petites exploitations agricoles locales qui reposent sur la biodiversité et les ressources locales » a déclaré S. Kannaiyan du Comité indien de Coordination des mouvements Paysans (South Indian Coordination Committee of Farmers Movements). D’autre part, ce modèle commercial de monoculture a de sérieuses conséquences écologiques – les cultures de semences hybrides et d'OGM, utilisent beaucoup de produits chimiques à base de carburants fossiles, consomment plus d’eau, entraînent une recrudescence des maladies, empoisonnent l'environnement et émettent des gaz à effet de serre.

La véritable solution est de maintenir la biodiversité comme un bien commun, aux mains des paysannes et des paysans, des pêcheurs, des éleveurs et des populations indigènes. Il est important de la rendre accessible à tous, afin de la développer et de l’utiliser ouvertement pour la production alimentaire et la survie de l’espèce humaine.

Il est de notoriété publique que les paysannes et les paysans, les pêcheurs et les éleveurs ont développé et renouvelé la biodiversité au cours des millénaires. Leur connaissance et leur expertise est essentielle à la préservation de la biodiversité. « Il nous faut mettre en œuvre la souveraineté alimentaire – c’est à dire s’assurer du droit des productrices et producteurs locaux à produire les aliments d’une façon écologique qui préserve les écosystèmes locaux et naturels. Les paysannes et les paysans développent la biodiversité sur leurs parcelles à travers le monde. C’est de cette manière que l'on protégera la biodiversité, qu'on fera face au changement climatique et que l'on nourrira le monde » a déclaré Nadini Kardahalli de KRRS.

La Via Campesina lance un appel à la conférence de la CDB pour qu'elle s'engage immédiatement sur les points suivants:

  1. Interdire l’introduction et la culture de semences OGM. Il a été démontré qu’à long terme, l’utilisation des OGM ne tien pas les promesses d’accroissement de la production. Bien au contraire, elle conduit à l’émergence de mauvaises herbes robustes, à la contamination génétique, à la dégradation de l’environnement tout comme à un déclin très marqué de la biodiversité. Éviter l’expansion des semences transgéniques, contrairement à ce qui se passe actuellement dans des pays comme l’Indonésie qui vient de permettre l’introduction d’OGM.
  2. Éliminer progressivement l’utilisation des pesticides chimiques. La production et l’utilisation de pesticides et herbicides chimiques (comme le Round-up de Montsanto) est actuellement en augmentation, devenant l’une des principales causes de la crise de la biodiversité. 
  3. Assurer une transition progressive des engrais synthétiques aux méthodes d’agroécologie en utilisant plus de matières organiques et en augmentant les micro-organismes dans les sols.
  4. Rejeter la proposition d’Economie Verte qui fixe un prix à la nature et à ses fonctions. Nous refusons les compensations financières attribuées à la biodiversité et aux  écosystèmes à travers des mécanismes de marché tels que le Paiement pour Services Environnementaux et la Réduction des Émissions liées à la Déforestation et à la Dégradation des forêts (REDD+). La biodiversité et les écosystèmes sont uniques, là où ils se sont développés. Les entreprises ne devraient pas être autorisées à détruire la biodiversité et les écosystèmes dans une région pour ensuite compenser ailleurs. 
  5. Réaffirmer et maintenir le moratoire sur les technologies « terminator » et le moratoire sur la géo-ingénierie. Nous demandons un renforcement du moratoire sur la géo-ingénierie, y compris une interdiction des essais en champs des expériences de géo-ingénierie car ils pourraient avoir de sérieuses conséquences sur la nature et les moyens de subsistance des paysannes et des paysans. 
  6. Établir d’urgence un moratoire sur la biologie synthétique. Nous appelons à une interdiction de la dissémination dans l’environnement et l’utilisation à des fins commerciales de la biologie synthétique. 

Les paysans et les conservateurs de semence représenteront, à Hyderabad, la voix du mouvement paysans, La Via Campesina durant la CDB, Cop 11.

Activités de La Via Campesina durant la CDB 

  • 15 Oct, 14h30-17h00: Discussion sur le thème “Commercialisation de la biodiversité et menaces pour la souveraineté alimentaire et les droits des agriculteurs ” lors du festival « Peoples Biodiversity Festival »,  lieu : Exhibition Grounds, Nampalli, Hyderabad. (veuillez nous appeler si vous avez besoin d’indications)
  • 16 Oct, 18h15-19h45: Événement en marge de la conférence officielle “Semences Paysanne et Agroécologie: Souveraineté Alimentaire en Pratique” HALL I – Rez de Chaussée) 

Contacts pour la presse:

Ashlesha Khadse Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. , +919900200771; 

Kannaiyan: +91 9444989543; Tejo Pramono : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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