Brésil, nous attendons du nouveau ministre qu’il accélère les expropriations de terre et la réforme agraire

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Extrait de l'interview de Alexandre Conceiçao, membre de la Direction Nationale du Mouvement des Travailleurs ruraux Sans terre (MST, Brésil) par Luiz Felipe Albuquerque

Luis Felipe Albuquerque – Comment évalues-tu le changement de ministre du développement agraire ?

Alexandre Conceição - Ce changement incombe à la présidente Dilma. Cependant nous attendons que le nouveau ministre accélère le processus d’expropriation des terres, ce qui n’a pas été fait en 2011 à cause de la bureaucratie interne de l’INCRA (Institut National de Colonisation et de Réforme Agraire) et du Ministère lui-même. Les premières victimes ont été les familles installées dans les campements.

La présidente fait valoir que la réforme agraire ne consiste pas seulement à remettre des terres. Nous sommes d’accord là-dessus mais aujourd’hui la réalité, c’est qu’il y a près de 186 mille familles qui vivent sous des tentes dans tout le Brésil. Si l’on ne crée pas de nouvelles unités productives de plus en plus de familles vont aller vivre dans des campements, ce qui créera davantage de problèmes pour le gouvernement lui-même. Voilà pourquoi nous attendons l’accélération des expropriations des latifundiums (grandes propriétés non productives) de la part du ministre et de l’INCRA.

L.F.A - pourquoi ces chiffres extrêmement faibles pour la réforme agraire en 2011 ?

A.C. - Les données pour 2011 sont les pires des 16 dernières années. La présidente a signé le premier décret d’expropriation des terres juste à la fin du mois de décembre, ce qui démontre que l’INCRA ne fonctionnait pas et que le MDA (Ministère du développement agraire) ne dialoguait pas avec l’INCRA, au détriment de la possibilité d’expropriation. Le gouvernement a un modus operandi qui ne fait qu’aggraver la bureaucratie du ministère et de l’INCRA. Nous attendons que le gouvernement dégèle le processus et reprenne les expropriations de terre.

L.F.A. – Quelles sont vos attentes pour l’avenir?

A.C. - Nous attendons que le gouvernement puisse accélérer et débureaucratiser l’INCRA et le MDA. Les surintendants de l’INCRA dans chaque État doivent se rendre dans les zones rurales pour établir le cadastre précis des zones qui peuvent bénéficier de la réforme agraire, mener les enquêtes de terrain et mettre en oeuvre rapidement les processus d’expropriation de terres.

Ces nombreuses familles qui vivent dans des campements au Brésil vont lutter dans la période qui vient. Avec la poussée de l’agro-business et du capital international dans l’agriculture brésilienne, l’expulsion des familles des zones rurales et le travail esclave se sont renforcés. Ce qui a entraîné une augmentation des problèmes sociaux. De plus en plus des paysans qui campent au bord des routes sont prêts à s’engager dans la lutte pour la terre.

Malgré le discours gouvernemental d’investissement dans la réforme Agraire, dans les unités productives et dans l’expropriation des terres, il n’y a pas de budget. Couper dans un budget déjà si restreint nous fera perdre une année de plus. Le gouvernement doit augmenter, non pas réduire, le budget pour permettre de réels investissements.

L.F.A. – Le gouvernement a pris des engagements vis-à-vis du MST lors des mobilisations du mois d’août. Ces engagements ont-ils été respectés?

A.C. - Non, il y a eu très peu de progrès. Nous mobilisons notre base du nord au sud. Nous avons obtenu un budget supplémentaire et une plus grande adéquation des ressources. Cependant le budget n’a été libéré qu’en décembre: à cause de ce blocage de l’INCRA et du MDA, moins de la moitié du montant a été utilisée. Pour te donner une idée, seules 600 familles du mouvement des Travailleurs sans Terres (MST) ont bénéficié de ce supplément.

L.F.A. – Qu’attend le mouvement de la journée de lutte en avril prochain ?

A.C. - La journée des femmes a eu beaucoup de succès pendant la semaine du 8 mars, avec des mobilisations dans huit États. La semaine passée d’autres mobilisations ont eu lieu dans des agences bancaires pour revendiquer l’accès au crédit destiné à l’agriculture familiale. Ce sont des exemples qui montrent la volonté populaire de lutter.

La journée d’avril constituera une autre mobilisation de masse, avec des actions dans divers états : marches, occupations, actes publics en défense de la réforme Agraire et en mémoire des victimes du massacre dans l’Eldorado de Carajás. La réforme Agraire et l’agenda des mouvements de la Via Campesina ne se détacheront qu’en étant portés par ces grandes mobilisations. C’est pourquoi dans cette journée doivent s’additionner les mobilisations de tous les mouvements ruraux.

L.F.A. – Quelles seront les principales revendications ?

A.C. – C’est faux de dire que ce pays va se développer grâce à l’agriculture familiale sans créer de nouvelles unités de production, car l’exploitation des ressources naturelles est liée directement à la concentration des terres, principalement par les entreprises transnationales qui prennent possession de nos terres. Rien que la Chine, par exemple, a consacré un budget de 30 milliards de dollars pour l’achat de terres au Brésil l’an dernier, c’est une dénationalisation de nos terres. C’est pourquoi la revendication principale est le territoire et l’expropriation, la déconcentration du territoire à travers la réforme Agraire.

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